Bad News Brown, étoile filante de l'harmonica hip-hop

Il y a un an était assassiné à Montréal Bad News Brown, Paul Frappier de son vrai blaze, un "rappeur" francophone d'origine haïtienne qui fut le premier à enregistrer de l'harmonica sur du hip-hop. 


Dans le métro avec un "ghettoblaster" - "Sans l'harmonica, je ne sais pas ce que je serais devenu": ainsi parlait, quelques mois avant sa disparition brutale à seulement 33 ans, Bad News Brown (BNB), excentrique surdoué de la culture urbaine retrouvé en février 2011, le corps lardé de coups de couteau, sur un chantier de construction de la Petite-Bourgogne, un quartier populaire du sud-ouest de Montréal. Adopté par une famille québécoise quelques jours après sa naissance, le 8 mai 1977 à Port-au-Prince (Haïti), BNB --Paul Frappier pour l'état-civil-- se considérait comme le premier rappeur ayant utilisé notre instrument dans le hip-hop. "Avant de trouver un harmonica dans le placard de mon grand-frère, je traînais dans les rues où je vendais de la beuh. J'étais mal barré", confessait encore BNB au quotidien La Presse. "Le lendemain, je suis allé jouer dans le métro, habillé homme un vieux bluesman des années 30 et avec un +ghettoblaster+ sur lequel j'ai fait tourner en boucle des rythmes pré-programmés...".
Vedette d'un documentaire - "On ne pouvait pas dire que j'étais très bon. On me filait malgré tout la pièce. Sans doute parce que je jouais de l'harmo à donfe sur mes +grooves+. Mais bon ou pas, je m'en foutais, man. Je m'disais que j'étais le premier à utiliser cet instrument ridicule sur des musiques actuelles. Sur la scène rap, personne n'avait mon son...". En 2003, des magazines branchés de la métropole québécoise lui consacrent des articles et l'Office canadien du film en fait le personnage central d'un documentaire sur les musiciens du métro. De vedette "underground", BNB devient vedette tout court: des boîtes de nuit l'invitent pour des concerts "live"et son nom commence à circuler dans la communauté hip-hop.
Intrigués par ce "frenchie" version "Il était une fois dans l'Ouest", de grosses pointures américaines l'invitent à leur côté sur scène, séduits par l'alliage unique de blues, de jazz et de hip-hop de BNB. Celui-ci se produit alors tour à tour avec Ice-T, Cypress Hill, Fat Joe, De La Soul et Nas. Il "ouvre" pour Kanye West, Common, NERD et Snoop Dogg. Il enregistre même quelques "tracks" avec Steve-O de Jackass. "Les choses se sont emballées. Je n'avais plus le choix: je devais arrêter le métro et me trouver un manager". L'Europe aussi s'entiche du Québécois qui, élu en 2005 "Meilleur musicien de rue" du Canada, se produit au Club Soda à Paris et participe au "remix" de "Caesar Palace", un album de Booba,  la star du rap français.
La révélation avec "Born 2 Sin" - Fin 2009, BNB enregistre sur Trilateral Entertainment, le label indépendant dont il est propriétaire, son premier album studio. Intitulé "Born 2 Sin" ("Né pour pécher"), l'opus éclabousse la scène rap du talent de son auteur. En voici le morceau-titre:


"C'était la première fois que j'entendais de l'harmonica sur un +beat+ hip-hop", s'est souvenu son ami Dice-B dans un récent entretien à une fanzine internet. "Les textes étaient à mi-chemin entre rap et +spoken word+ (ndlr: une variante de "slam") et l'harmo tranchait avec le son +électro+ que la plupart d'entre nous avaient à l'époque. Cette musique ne s'inscrivait pas le +gangsta rap+ (ndlr: le "rap gangster"), un style dont l'argent, la drogue et les femmes sont les thèmes dominants..."
L'année suivante, BNB avait tourné son premier film, "Bum Rush", où il incarne le "pacificateur" d'une guerre des gangs. Réalisé par Michel Jetté, le long métrage est sorti en avril dernier au Québec, deux semaines après l'assassinat de BNB qui n'a toujours pas été élucidé.

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