"Communiste", Larry Adler fiché au contre-espionnage britannique

Cables diplomatiques confidentiels - Larry Adler était-il communiste? La question peut paraître sans intérêt voire inconvenante. Un artiste ne doit-il pas être jugé sur son talent plutôt que sur ses opinions politiques qui, après tout, ne regardent que lui? Tel n'était pas l'avis du MI5, le service de renseignement responsable de la sécurité intérieure et du contre-espionnage au Royaume-Uni qui, dans les années 50, a surveillé de près et en toute discrétion l'harmoniciste, pianiste et compositeur américain, comme le révèlent des cables diplomatiques confidentiels rendus publics en avril par les Archives nationales britanniques. A cette époque, Adler est une personnalité importante de la scène artistique américaine et fréquente des acteurs comme Charlie Chaplin, Greta Garbo, Gloria Swanson, Salvador Dalí, Fred Astaire. La presse à potins lui prête même une liaison avec l'actrice suédoise Ingrid Bergman.

Sur la liste noire de McCarthy - Mais en 1947, lorsqu'éclate la "Guerre froide" entre les Etats-Unis et l'Union soviétique, le sénateur Joseph McCarthy lance sa "chasse aux sorcières" pour débusquer l'ennemi intérieur. Adler, à qui l'on prête des "sympathies pour le communisme" est mis sur la "liste noire" et ne peut plus travailler dans son pays natal. En 1949, il est obligé de s'exiler au Royaume-Uni et il va s'installer avec sa famille à Londres, dans le quartier de Primrose Hill. Le MI5 va rapidement s'intéresser à ce musicien en vogue dont on craint en haut-lieu qu'il n'utilise sa notoriété pour "répandre les idéaux communistes", comme l'attestent les quelque 70 cables déclassifiés par les archives britanniques. D'autant qu'en 1954, Adler obtient un "Academy Award" aux Etats-Unis pour une musique de film qu'il a écrite et que, pour cause de Maccarthisme, le jury attribue à un "prête-nom", Muir Mathieson.

Des fonds pour le Parti communiste français - Dans un échange avec le ministère de l'Intérieur, le MI5 affirme qu'à l'occasion d'un concert donné en 1951 à Paris, Adler a versé des fonds au Parti communiste français. "Compte-tenu de nos informations, que nous considérons fiables, cet homme est membre du Parti communiste américain et d'au moins 15 autres organisations d'obédience communiste", poursuit le contre-espionnage britannique dans sa dépêche. Dans une autre correspondance avec le FBI américain, le MI5 poursuit: "Même si nous n'avons aucune indication qu'il soit en contact avec le Parti communiste britannique (PCB), nous considérons que si Adler est autorisé à s'établir au Royaume-Uni, le PCB se servira de sa notoriété à des fins de propagande politique. De plus, il est probable qu'Adler s'engagera ici dans des actions politiques ou para-politiques".



Déclaration cryptique au "Guardian" - Il faut toute l'autorité du patron du contre-espionnage, John Marriott, mélomane à ses heures, pour qu'Adler ne soit pas expulsé. Dans l'une de ses notes, Marriott écrit: "Le fait qu'Adler ait été un visiteur régulier de ce pays au cours des 15 dernières années et qu'il veuille s'établir ici semble indiquer qu'il ne s'adonnera pas à des activités politiques susceptibles de lui créer des difficultés". Le musicien décédera en août 2001 dans la capitale britannique à l'âge de 87 ans après avoir travaillé avec des musiciens aussi différents que Sting, Elton John, Kate Bush, Robert Palmer, Jon Bon Jovi, Carly Simon, Elvis Costello, Peter Gabriel, Lisa Stansfield, Sinéad O'Connor ou Meat Loaf. Peu avant sa mort, il déclare la chose suivante au quotidien "The Guardian": "J'ai nourri une grande sympathie envers le Parti communiste. Alors voyons si vous pouvez deviner pourquoi je n'y ai jamais adhéré".

Vidéo de la semaine: papie "Cappy" a le bourdon...

"Le vol du bourdon", interlude orchestral écrit en 1899-1890 par le compositeur russe Nikolaï Rimski-Korsakov pour son opéra "Le conte du tsar Saltan", est considéré, à juste titre, comme une pièce de virtuosité technique. Reconnaissable à son rythme effréné lorsqu'il est joué au tempo, le morceau, à l'origine écrit pour le violon, se caractérise par des montées et des descentes chromatiques de doubles croches presque ininterrompues. La difficulté ne vient pas de la gamme des notes jouées mais de l'habileté de l'interprète à les enchaîner rapidement. La version que je vous propose ici est de l'harmoniciste américain Léon "Cappy" Laffel et a été enregistrée en 1992 à Chicago (Illinois) avec le "Windy City Harmonica Club" parmi lesquels figure Charlie Leighton, l'un des grandes figures de l'harmonica basse. Laffel, qui commença à jouer de notre instrument dès l'âge de cinq ans, fut l'un des piliers du Hoxies Harmonica Orchestra avant d'intégrer, en 1934, les Harmonica Harlequins de Carl Freed. En 1935, il entre dans le Cappy Barra Harmonica Ensemble et, à la fin des années 40, connaît la consécration avec les Harmonicats de Jerry Murad. Vocaliste confirmé, Lafell a également enregistré avec Johnny HodgesFrankie Newton et Duke Ellington. A noter qu'il joue ici du Polyphonia Hohner n°7, un harmonica d'accompagnement dont voici quelques photos. Sur la photo de droite, Léon Laffel (3è à partir de la gauche) en joue...


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Walter Müller, l'inventeur du "Millioniser", tire sa révérence


L'harmoniciste suisse Walter Müller (Walt Miller), à qui l'on doit l'invention du "Millioniser 2000", synthétiseur se jouant et se contrôlant comme un harmonica, est décédé le 13 octobre à l'âge de 84 ans.
Il y a quelque temps, je vous avais présenté ce curieux cousin de notre instrument ici et ici. Pour en savoir davantage sur Mueller et le Millioniser, voici les adresses de deux sites très complets sur:
La carrière de Müller
L'aventure du Millioniser

Les "Dentelles hurlantes" de Marko Balland: adrénaline, me voilà...



Marko Balland, à mon sens l'harmoniciste le plus pêchu du blues-rock français, va sortir en novembre avec son groupe "Full Circle" un nouvel album intitulé "Dentelle hurlantes". Comme pour Jean-Jacques Milteau récemment, Le Lover Bleu vous propose ici en exclusivité deux titres en écoute gratuite.


Pari artistique - Depuis le temps qu'on l'attendait! Annoncé pour le début de cette année, le nouvel opus de Marko Balland sera finalement dans les bacs le mois prochain. Intitulé "Dentelles hurlantes" (un titre trouvé par Michel Herblin soi-même, me dit-on), la galette s'affiche comme "le premier album de blues-metal jamais sorti en France". Un "single" de deux titres ("Pas touche" et "Le ciel va nous tomber dessus") sorti début 2010 avait donné le ton de la nouvelle production: du lourd, du très lourd même! Les "Dentelles Hurlantes" que Marko et "Full Circle" nous ont tricotées confirment le pari artistique engagé par l'ancien harmoniciste de "Café Bertrand": l'influence de Jimi Hendrix et de Reeves Cabrels est toujours aussi prégnante dans un jeu servi par une guitare qui fait penser à un 35 tonnes dévalant la Butte Montmartre et une rythmique proprement apocalyptique! En tout, une dizaine de titres pour l'écoute desquels il vaut mieux s'harnacher solidement à son fauteuil. Voici, en apéro, "Ca m'agasse", une pièce à l'instrumentation particulièrement énervée:


Bergman aux textes - Les fans de Marko auront reconnu à la guitare Thomas Tiberi, à la basse Pascal Blanc et à la batterie Romain Bachelard. Sur l'un des titres ("Pas touche, OK"), Balland a convoqué  Stephane Avellaneda, le batteur de la blues diva Ana Popovic. Les textes, carrés et sans concessions, sont une nouvelle fois signés par Boris Bergman, qui fut le parolier d'Alain Baschung période "Vertige de l'amour". Ecoutez bien "Respect", deuxième extrait sonore que je vous propose, et vous devriez reconnaître son écriture au scalpel:


Crache ton venin - On l'aura compris: pour Marko, il est loin le temps du "Golden Blues Band", son premier groupe fondé au crépuscule des années 80. Dangereuse montée d'adrénaline, ces "Dentelles hurlantes" se situent dans le droit prolongement de "Mille et un réveils", l'album qui l'avait révélé à son public en 2008. Mais notre homme apparait ici plus mur pour cracher son venin...



Alea (4'40")

Bijoux (4'31")

Ca m'agasse (4'10")

Hacker (3'42")

Kaoutchouc (3'05")

Maitresse ( (3'26")

Manon (3'24")

Fée du logis (4'16")

Pas touche, OK (4'00")

Respect (3'41")

"Orange Blossom Special": l'original et deux versions déjantées


Version originale - C'est avec "Juke" l'un des morceaux de référence de l'harmonica. Joué au violon dans les années 40, "Orange Blossom Special", repris sur notre instrument par notamment Charlie McCoy, est aujourd'hui l'un des plus grands succès de la "country music". Contrairement aux imitations "bruitistes" de trains à vapeur présentées ici récemment, l'"OBS" a été publié sous forme de partition en 1938 avant d'être enregistré, l'année suivante, par les frères Ervin, Jack et Gordon Rouse. Voici cette version originale reprise en 1966 par RCA Victor sur son LP "The Railroad In Folksong":

Version déjantée (un) - Exploité par la Seabord Airline Railroad, qui se faisait appeler "La compagnie du service courtois" avant sa disparition en 1967, l’"Orange Blossom Special" reliait New York à Miami (Floride) en passant par Philadelphie, Washington, Richmond, Columbia et Jacksonville. Le train effectua son premier trajet en 1925 et il devint vite populaire parce qu'il ne cotait pas cher et disposait de l'air conditionné dans tous ses wagonsDevenue par  une pléthore d’arrangements une mélodie incontournable de la musique dite "ferroviaire",  l'OBS des frères Rouse a été interprété à la mandoline, à l’accordéon et à la guitare électrique. Le grand Johnny Cash l'a reprise et bien d'autres encore. Voici une improbable version des "Spotniks", groupe suédois de rock instrumental qui, toujours en activité, connut ses heures de gloire dans les années 60:


Version déjantée (deux) - Parmi les autres versions disponibles sur youtube, celle, déjantée, enregistrée en 1993 par les Hellecasters fait référence. Ce groupe, qui s'était fait une spécialité de la virtuosité guitaristique dans les années 90, fait ici de notre OBS un "standard" de la vitesse acrobatique. John Jorgenson, Will Ray et Jerry Donahue se livrent à une prouesse avec l'intention probable de fasciner l'auditeur et cela non sans une pointe d'auto-dérision. Chacun utilise un technique de jeu différente, mediator classique pour Jorgenson, "slide" pour Ray, "bender" et "picking" pour Donahue. Mais le train, généralement reconnaissable dans les habituelles versions "bruitistes", est ici absent. Après des quelques minutes de jeu profondément virtuose, quelques maigres applaudissements résonnent dans une salle trop grande... Enfin, pour ceux qui veulent apprendre la pièce, merci de suivre les instructions du professeur Milteau se trouvant un peu plus bas...




Quand Little Walter jouait (aussi) de la guitare...

Little Walter est peut-être le plus grand harmoniciste de blues qu'ait connu la planète. Mais qui sait que Marion Jacobs fut aussi un guitariste de talent et qu'il a enregistré avec cet instrument? 


Little Walter à Chicago, au début des années 50
Un "classique"Marion Walter Jacobs arrive à Chicago (Illinois) de Marksville (Louisiane) en 1947, en compagnie du chanteur-batteur-guitariste "Baby Face" Leroy Foster, originaire d'Algoma (Mississippi) et du pianiste Johnnie Jones, de Jackson (Mississippi). Jacobs compte à peine 17 ans et Foster n'en a que 24. La valeur n'attendant pas le nombre des années, deux ans plus tard, Jacobs et Foster ont intégré la formation de Muddy Waters, alors connue comme le "Drunk Ass Band" (littéralement "L'orchestre du poivrot"!).  En janvier 1950, cet improbable trio s'associe pour enregistrer sur Parkway, un minuscule label qui ne vivra pas plus de quatre mois dans la "Windy City", huit titres parmi lesquels "Rollin' And Tumblin'". Le titre, une lancinante mélopée africaine qui sera publiée en deux parties ("Part 1" et "Part 2"), deviendra l'un des plus grands classiques du blues et sera repris par des artistes aussi prestigieux que Bob Dylan, Eric Clapton et Jeff Beck. Créditée au "+Baby Face+ Leroy Trio" sur le Parkway n° 501, voici la deuxième partie de cette version avec "Baby Face" au chant, Walter à l'harmonica et Waters à la guitare "slide" et au chant:




"Rollin' And Tumblin'" est en fait un repiquage du "Minglewood Blues" enregistré en janvier 1928 par les "Gus Cannon's Jug Stompers", photographiés ici en bas à gauche. Ecoutez bien le "riff" d'harmonica de Noah Lewis et vous reconnaîtrez facilement la mélodie reprise 32 ans plus tard par le trio Walter-Foster-Waters.



"Tuer" la version originale - Certains historiens du blues attribuent cependant la paternité du morceau à Hambone Willie Newbern qui, selon eux, l'a gravée le 14 mars 19129 sur le label Okeh sous le n° 8679. La session Parkway irrite pourtant Leonard Chess.
Le patron du label éponyme, qui avait Waters sous contrat, décide de faire ré-enregistrer le titre par son poulain pour "tuer" la version originale. Cette version, que vous pouvez écoutez ici, n'a cependant plus rien à voir avec la puissance sauvage de la galette Parkway. Mais, me dites-vous, la guitare de Little Walter dans tout cela? J'y arrive... Sur les huit titres enregistrés en 1950 pour Parkway, trois ont l'harmoniciste comme guitariste. Il s'agit de "Muskadine Blues", "Bad Acting Woman" et "Moonshine Blues" sur lesquels Muddy assure l'accompagnement rythmique avec le "slide". "Muskadine Blues" est une reprise du "Take A Little Walk With Me" enregistré par Robert Lockwood Jr mais qui aurait été composé mais jamais gravé par Robert Johnson. "Bad Acting Woman" avait déjà été publié, sans identification des musiciens, sur le label Regent (n° 3296). 

"Jeu fonctionnel" - Dans l'incontournable biographie qu'ils ont consacré à Walter ("Blues With A Feeling: The Little Walter Story"), les musicologues Scott Dirks, Tony Glover et Ward Gaines jugent qu'à la guitare, celui-ci a "un jeu fonctionnel et pas particulièrement digne d'intérêt". "A défaut d'autre chose, poursuivent-ils, ces trois pièces montrent où se situe le véritable talent de Walter Jacobs", sous-entendu l'harmonica. Pour vous forger votre avis, voici les trois titres en question, ré-édités en 1993 par Delmark sous le n° DD 648 ("The Blues World Of Little Walter").
Voici "Moonshine Blues" tandis que "Bad Acting Woman" est là et "Muskadine Blues" est là.



Vidéo de la semaine: le "Hoochie Coochie Man" a dix ans...

Cela s'est passé le 05 août dernier au Festival Riverfront à Wilmington (Delaware). Pour chanter le classique "Hoochie Coochie Man", un titre on ne peut plus machiste, James Cotton fait appel à Joshua King, un p'tit bonhomme d'à peine dix ans. Regardez bien, vous n'en croirez ni yeux ni vos oreilles... Et observez bien, au deuxième plan, Cotton qui veille sur le garçonnet comme une poule sur son oeuf! Pour ceux qui, comme moi, sont tombés de l'armoire, Joshua a un site qui se trouve ici.

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"Mojo" Buford (29 nov 1929 - 11 oct 2011) avale son harmonica...

La rubrique nécrologique de ce blog continue (malheureusement) à s'enrichir... Après Pinetop Perkins et Willie "Big Eyes" Smith, deux piliers des différentes formations de Muddy Waters dont je vous avais signalé la disparition ici et ici, George "Mojo" Buford vient, lui aussi, d'avaler son harmonica. "Mojo" nous a quittés le mardi 11 octobre à l'âge de 81 ans. Natif de Harnando (Mississippi, cela vous étonne?), Buford était entré en 1959 dans le combo de Muddy que Little Walter venait de quitter pour surfer sur la vague de "Juke" (Plusieurs versions de cet instrumental de référence se trouvent un peu plus bas sur ce blog). Parti en 1962 à Minneapolis (Minnesota) fonder son propre groupe, Buford avait repiqué chez Muddy en 1967 pour prendre la suite de James Cotton et en 1971-73, lorsque Jerry Portnoy est parti créer le "Legendary Blues Band". Avec Buford, qui portait ses instrument "à l'ancienne"en bandoulière et par ailleurs excellent au chromatique,  disparaît un autre de ces bluesmen du Delta qui ont forgé le son de Chicago à l'âge doré des années 40 et 50.
http://www.kpnbeatproductions.com/mojobuford.html

Le voici dans une vidéo enregistrée en 1973 accompagnant Muddy dans son morceau fétiche, "Mojo Working":

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"Juke" de Little Walter: pour quelques hommages de plus...


Tout harmoniciste qui se respecte va, à un moment ou un autre, s'attaquer à "Juke", l'instrumental de Little Walter resté 20 semaines dans les charts R&B en 1952, dont huit en numéro un! Ce cantique des cantiques de l'harmo blues, que je vous avais présenté ici, a depuis été repris par d'innombrables instrumentistes, partout dans le monde. Il m'a paru intéressant d'en rassembler quelques versions, certaines obscures, d'autres anecdotiques, d'autres encore brillantissimes. Mais d'abord, place à celle du maître:


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Cette superbe version du Brésilien Flavio Guimaraes est l'une des plus fidèles à la version originale que je connaisse. Le "swing" est là, le timbre est impressionnant de ressemblance. La session date de mai 2009 au studio "Z&O" (ville non précisée dans l'extrait mis en ligne sur ioutoube). Sur ce clip,  Flavio enregistre pour son CD "The Blues Follows Me" mis dans les bacs en août suivant. Excellent!

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La version  que je  vous propose de Billy Branch a été enregistrée en janvier 2010 au festival de blues d'Osaka (Japon).  Le "Blues Defender" (sobriquet de Branch) y démontre qu'il a appris sa leçon. Notez: à 1'59", il passe d'un harmo en La à un Sibé, ce qui "lifte"encore le groove! 


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Voici une version enregistrée en 2010 à quatre mains par deux musiciens espagnols, Danny del Toro et Jonas Molina. Donnée au porte-harmonica... Héroïque, compte-tenu de la difficulté de la pièce.

Au tour du Danois Joergen Lang qui a enregistré cette version en avril 2009. Son impro en fin de morceau est canon...

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Ici, c'est un instrumentiste que je ne connaissais pas qui s'y colle en concert, en avril 2010. Bill Lupkin souffle dans son biniou depuis plus de 40 ans: ça s'entend... Pour moi, une (agréable) découverte...


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Mark Hummel, l'un des instrumentistes les plus accomplis de la nouvelle école "West Coast" (post George Smith), livre sa version dans, semble-t-il, un bar branché doté d'une capacité d'écoute assez aléatoire. On espère pour Mark (site) qu'il s'y est au moins fait un peu de thunes. Date de juin 2009.



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Voici une superbe version orchestrale proposée par le "B1 Harmonica  Ensemble", une formation d'élèves de Joe Filisko à Chicago (Illinois). Enregistrement daté du 21 mars 2010 à la Old Town School of Folk Music, dans la "Windy City". Soloistes: Zoe Savage, Al Nemcek, Grant Kessler et Linda Gordon. Site: www.youmissedmonday.com.


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Et maintenant une version dite "alternative" qui a effectivement été enregistrée par Walter et que MCA/Chess a ré-édité en 1995, en ouverture de  son LP "Blues  With  A Feeling". Voici donc, par les Headhunters (rien à voir avec le groupe de jazz-funck des années 70), une version de cette version...


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Pour clore ce petit panorama, j'ai invité Rick Estrin, l'harmoniciste de ex-"Little Charlie and the Nightcats" et  qui mène aujourd'hui ce groupe. Les  ceusses qui se sont rendus au dernier festival "Vache de Blues", à Audun-le-Tiche (Moselle), auront pu juger de l'immense talent de Rick, tant à l'harmonica que sur scène. Question: que vous inspire cette photo de Walter soufflant dans un "Mesa"?


En bonus,  deux "playbacks" de "Juke..


Le premier est un peu lent que l'original:


Le deuxième est conforme à la version originale:


Et pour ceux qui veulent une tablature à imprimer, c'est ici (descendez au bas de la page)

"Consideration", le nouveau CD de Jean-Jacques Milteau

"Consideration": c'est le titre du nouveau CD que Jean-Jacques Milteau vient d'enregistrer avec son "alter ego" Manu Galvin (guitare et direction musicale) et ses deux vieux complices Michael Robinson et Ron Smyth (voix). Mis en boîte en mai-juin au studio "Plus 30" dans le 19è arrondissement de Paris, produit par Sébastien Danchin, mixé par Maxime Le Guil et publié sur le label Sony Music-Columbia, ce nouvel opus sera disponible à partir du 24 octobre dans les bacs. Toujours à l'affût, le Lover Bleu vous présente, en avant-première et en exclusivité, deux titres en écoute libre!





"Consideration", dont voici la jaquette à gauche, semble s'inscrire dans le droit fil de "Soul Conversation", un album sorti en octobre 2008 par le même quatuor. Milteau met une nouvelle fois son talent au service d'un projet musical commun en privilégiant le groupe plutôt que le soliste. "J'ai toujours aimé les voix", avait-il expliqué à la sortie de "Soul Conversation". "Dans le blues, l'harmonica est un véritable interlocuteur du chanteur, avait-il poursuivi. Plus que pour briller, l'instrument est là pour dialoguer, illustrer, conforter, créer un décor propice à l'expression du chant". Démonstration avec "Higher and Higher", reprise reggae du  "(Your Love Keeps Lifting Me) Higher and Higher" sorti en 1967 par Jacky Wilson, qui ouvre l'album (harmo en Ré):




Au total, "Consideration" propose douze titres dont certains revisitent quelques incontournables du blues, du jazz et de la soul. Notamment... Ainsi, sur le classique "Will The Circle Be Unbroken", Milteau a invité les Palata Singers, un groupe de gospel congolais avec lequel il a déjà travaillé auparavant, comme l'atteste cette vidéo. Sur "Fever", autre inoxydable, on retrouve Carmen Maria Vega, groupe de chanson française créé en 2009 autour de la chanteuse éponyme et dont Toma Milteau, le fils de JJM, tient la batterie.

Pour "Keep On Moving", Milteau a recruté la Tunisienne Emel Mathlouthi,  l'une des figures de proue des musiques arabes actuelles. Voici d'ailleurs ce que dit JJM de ces musiques pour, crois-je comprendre, "contextualiser" sa nouvelle livraison: "La musique noire a été la plus grande claque culturelle des cent dernières années. Non seulement une nouvelle lecture des timbres, des rythmes et des harmonies, mais plus largement une nouvelle manière de considérer l'expression et la relation à l'autre. Toute relation constructive est fondée sur la considération. Ce que réclamaient en d'autres termes Otis et surtout Aretha: r.e.s.p.e.c.t.. C'est généralement ce qui manque le plus dans une société qui ne va pas bien."
Les musiciens: Gilles Michel, Eric Lafont, Michel Amsellem

"Leaving In The Morning" est le deuxième titre de "Consideration" que je propose à votre écoute. Il s'agit d'un "road song" vitaminé où, sur notre instrument, Milteau suggère plutôt  qu'il n'impose (Harmo en La):






"Consideration" Sony LC 000162                    
1)   Higher and Higher (2'38")
2)   Long Lost Friend (3'34")
3)   Will The Circle Be Unbroken (4'53")
4)   The Color Of Love (5'02")
5)   Leaving In The Morning (4'02")
6)   Valse Créole (3'18")
7)   Sun Will Shine (2'18")
8)   Fever (4'38")
9)   Devis In Disguise (2'42")
10) Mystery ((3'53")
11) Keep On Moving (3'43")
12) Turn It Around (7'34")

Du 28 au 30 octobre, le festival NHL à Bristol (Angleterre)

Rendez-vous d'automne incontournable, le festival de la National Harmonica League aura lieu du vendredi 28 au dimanche 30 octobre à Bristol avec une brochette de talents "made in England"

Rory McLeod, Rick Epping, Philip Achille, Johnny Hewitt, Tommy Allen, Gerry Ezard et Ben Hewlett sont au programme de l'édition 2011 du festival de la National Harmonica League (NHL) qui, comme les éditions précédentes, aura lieu dans la "maison du peuple" ("folk house") de Bristol, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Ateliers, classes de maître, concours, "boeufs", vendeurs, service de réparation, vente aux enchères et concert de gala: le programme mis sur pied par la NHL, l'organisation "parapluie" de nos amis anglais, est une nouvelle fois riche, intense et éclectique. Voici une petite vidéo de présentation de cet intéressant rassemblement international pour lequel tous les renseignements complémentaires peuvent être trouvés sur www.harmonica.co.uk

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Lorsque l'harmo file le train aux locomotives à vapeur...

Depuis leurs origines, train et harmonica ont toujours fait la route ensemble et il n'est pas d'autre exemple où un moyen de transport soit aussi étroitement associé à un instrument de musique. Qu'un modeste diatonique puisse reproduire le grondement furieux d'un express lancé à toute vitesse a, en effet, de quoi impressionner! "La construction spécifique (aspiré/soufflé) de notre instrument, les effets de gorge, de mâchoire, de langue et de mains sont particulièrement adaptés à l'évocation du halètement des locomotives à vapeur, du rythme des boggies sur les rails et du hululement lointain du +Panama Limited+ ou du +Wabash Cannonball+", fait à juste titre remarquer Jean-Jacques Milteau dans un papier écrit il y a une dizaine d'années. Voici donc quelques-unes des grandes imitations de train à l'harmonica...


DeFord Baileyque je vous avais présenté ici en mai 2011, est sans doute l'harmoniciste ayant réussi les imitations de train les plus saisissantes. Voici une version de son "Pan-American Blues" enregistré en 1927 et disponible sur l'album "Harmonica Blues 1927/1941" sur le label Fremeaux n°FA040 (A1). Pour ceux qui voudraient s'y essayer, le morceau est joué sur un harmo en La, sans altération et entièrement en "tongue blocking". Une tablature de Joe Filisko, se trouve ici.



Sonny Terry, dont ce sera le 24 octobre le 100è anniversaire de la naissance, nous a également laissé de superbes imitations de train. Celle que j'ai retenue ici s'intitule "Train Whistle Blues" qui, par la suite, deviendra "Locomotive Blues". Elle a été enregistrée en décembre 1938 et figure sous le n° 417-M sur le label Columbia. Elle est également disponible sur le label Document, n° DOCD-5230. Harmonica en Si bémol, 1ère position.



Isaiah Ross, alias Doctor Ross, a livré sur son opus "Call The Doctor" publié en 1965 sur le label Testament (n° TCD5009) un "Freight Train" qui mérite de figurer dans toutes les bonnes discothèques. Je vous propose ici une version enregistrée en 1982 au Smithsonian Folklife Festival de Washington par le célèbre folkloriste Alan Lomax. Notre bon docteur fait faire la course à deux trains, l'un de passagers, l'autre de marchandises Harmonica en Si bémol, 2è position.



Encore plus près de nous, Joe Filisko et son complice Eric Noden, ont fait d'une imitation de train le titre de leur dernier CD, "IC Special", une locomotive à vapeur qui reliait dans les années 50 Chicago (Illinois) à La Nouvelle-Orléans (Louisiane). Joe, qui joue en Si et en 2è position, s'est notamment inspiré de Lonnie Glosson et Salty Holmes pour cette imitation enregistrée en novembre 2010 au Legendary Jazz Club de Zagreb (Croatie).



En 1982, Jeffrey Carp enregistre pour Muddy Waters "All aboard", une imitation de train --orchestrée-- où il joue un chromatique en Do en 3è position avec, au diatonique, Paul Butterfield (Sol, 3è). La pièce ouvre l'album "Father and Sons" où Waters reçoit l'hommage filial de Clapton et consorts auxquels il aura fait découvrir le blues. Quelques mois plus tard, Carp, qui a également travaillé avec Earl Hooker, Lightnin' Hopkins et Howlin' Wolf, disparait à la suite d'une overdose.


(A suivre...)