Lorsque l'harmonica sert de motif au "body art"

La mode est aux tatouages. Manière d'afficher son appartenance à un groupe, à une tribu ou à un quartier dans les années 70, c'est aujourd'hui devenu un moyen de revendiquer son originalité, de séduire, de s'embellir voire de provoquer ou de compenser. Lorsque l'harmonica sert de motif au "body art", voici ce que cela donne:


De gauche à droite: 1) Magnifique "tatoo" de Frédéric Yonnet dont je me demande s'il est vrai. 2) Un "Marine Band" de Hohner adorné de la mention "committed" ("engagé"): un passionné du modèle-fétiche de Hohner. 3) Little Walter sur le bras gauche. 4) et Sonny Boy Williamson, deuxième du nom, sur le droit.


De gauche à droite: 1, 2 et 3) Trois avatars du "Marine Band". 4) Marion Jacobs comme compagnon.


De gauche à droite: 1) un saisissant Little Walter. 2) Pour se faire remarquer de dos au prochain festival de Saint-Aignan. 3) Discret et néanmoins présent...

Quel ampli pour (espérer) sonner comme Little Walter ? (2/2)

Quel(s) ampli(s) Little Walter a-t-il utilisé au cours de sa carrière? Voici une traduction de la seule interview connue où Marion Jacobs évoque, peu avant sa disparition en février 1968, son équipement. L'entretien est conduit par Bill Lindemann et a été publié en 1969 dans le magazine spécialisé américain « Living Blues ». Louis Myers, guitariste du maître de 1952 à 1954 avec les "Jukes", un avatar des "Aces", y participe aussi.


Les Jukes: Louis et David, Myers, Fred Below
Bill Lindemann: Walter, as-tu un ampli préféré pour enregistrer, un ampli qui a un son qui te convient, un haut-parleur ou quelque chose?
Little Walter: J'avais un... Quel type d'ampli c'était déjà?
Louis Myers: Oh, on en essayé des amplis, heu, mec. On en a essayé des tonnes.
Walter: Je, personne n'avait d'ampli comme celui de ce guitariste allemand, tu te rappelles? Quand on était à Dayton, dans l'Ohio? Il était large... comme ça. Il avait quatre HP de chaque côté. Il avait une tête en haut et une autre en bas. J'ai pété un fusible quand je l'ai essayé. Le son était terrible. Je l'ai encore, cet ampli.
Myers: Impossible! La dernière fois que j'ai vu cet ampli, il ressemblait à une épave...
Walter: C'est ça, il avait l'air d'un épouvantail.
Myers: Tu jouais dessus chez McKie's (note du traducteur: un club du South Side de Chicago) et il avait l'air d'avoir fait trois guerres...
Walter: Seulement trois ? (rires)
Lindemann: Tu as dit qu'il avait quatre HP de chaque côté?
Walter: Ouais. Pas trop grands, ces HP
Myers: Mais quel son il avait...
Walter: Tu te souviens de cet ampli que j'ai foutu à la baille en Géorgie? On avait commencé à jouer vers neuf heures et à minuit, il a chauffé et il n'en sortait plus rien.

Myers: Quand il fait chaud, fait chaud.
Walter: Quant on est passé sur le fleuve (Mississippi), j'ai arrêté la voiture et je l'ai balancé à la flotte. Il fallait que j'en rachète un autre. J'en ai trouvé un à Altanta, tu te souviens?
Lindemann:  Est-ce que cet ampli, celui qui a huit HP, a été fabriqué specialement pour Walter ?
Myers: Je ne sais pas. Il l'a trouvé quelque part. J'en ai jamais vu d'autre comme celui-là. Cétait un putain d'ampli ça, mec ! On pouvait le plier comme une valise.
Lindeman: Et Walter en possédait deux?
Myers: Ouais. Il avait de très longs câbles. On pouvait mettre quatre HP à un coin de la scène et les quatre autres de l'autre côté. Dans l'une des parties se trouvait la machine, tu sais, là où se branchait.

Walter: ce truc sonnait bien, je pouvais jouer à donfe. Y'avait huit HP, c'était une marque pas très connue, je crois que c'était +International+ ou +National+. J'en ai pas vu beaucoup. Le meilleur ampli que j'ai jamais eu... Je l'ai acheté en 1954, je crois
Quelle est donc cette merveille dont parle Walter ? Je vous ai surligné les éléments objectifs qu'il nous livre pour retrouver la marque et le modèle de la bécane que Jacobs a lui-même considérée comme "le meilleur ampli qu'(il) ait jamais eu", le Saint-Graal quoi ! Une recherche sur une société "International" fabricant/vendant de amplis n'ayant abouti à rien, il me restait à vérifier si "National", un fabricant connu d'amplis de guitare, avait sorti au début des années 50 un ampli offrant deux fois quatre HP, probablement de 8 pouces, en s'ouvrant "comme une valise". Une vérification des catalogues des années 1950, 51 et 52 de la firme n'ayant rien donné non plus, je ne vois plus que le "Commando" 88 de Danelectro pour "coller" à la description de Walter. Voici l'engin:


Cet ampli a effectivement été fabriqué entre 1954 et 1960 par Danelectro, même si cette firme n'a eu aucune relation avec la société National mentionnée par Walter. D'une puissance de 30 watts, équipé d'un vibrato, il dispose des lampes suivantes: une 5Y3 (redresseur), deux 12AX7 (pré-ampli), une 6SN7 (inversion de phase), quatre 6V6 (lampes de puissance), une 6SJ7 (vibrato). En dépit de ses huit HP de 8 pouces 10610 Rola, il ne mesure que 74 cm x 74 cm x 31 cm et ne pèse que 15 kg. Voici comment la bête sonne:

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Voici le même ampli fabriqué sous licence Danelectro pour Sears and Roebuck, une chaîne de distribution non-alimentaire qui est à Chicago ce que le fer est au cheval ou la rampe à l'escalier. Il a également été manufacturé, sous licence "Dano", par la chaîne de distribution Montgomery Ward sous la marque "Airline" et la référence JDR-55-8437.


N'ayant approché ni de près ni de loin cet ampli mythique, je me garderai bien de faire un quelconque commentaire. Sur ce qu'il est possible d'entendre sur la vidéo, j'aurais aimé jouer au travers de ces huit gamelles de huit pouces. Avec ses 6V6, il ne semble pourtant pas être poussé à ses limites par le confrère de la vidéo que vous venez de voir. Le "Commando"  l'est davantage dans celle-ci:

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Par un hasard extraordinaire, un exemplaire de ce "Dano" est actuellement proposé sur ebay.com:
Prenez bien note des éléments techniques contenues dans la description. Pour le prix, revenez régulièrement à cette adresse: vous verrez probablement la folie des hommes à l'oeuvre. Je me demande bien combien il faudra mettre de pépètes pour l'emmener chez soi...

Vidéos de la semaine: la leçon de Kim Wilson en 1ère position

Dans l'un des nombreux forums sur lesquels je grenouille d'habitude, quelqu'un a jugé récemment que Kim Wilson usait de "plans alimentaires" (je cite...) lors d'une prestation au récent NAMM, le plus grand salon professionnel qui s'est tenu en janvier à Anaheim (Californie). Il n'avait pas tout à fait tort... Vexé par ce reproche, j'ai fait un p'tit tour dans ma vidéothèque de laquelle j'ai ressorti ces deux modestes choses du "front man" des "Fabulous Thunderbirds". Dans les deux cas, Kim donne une leçon de jeu en 1ère position, une approche de l'instrument à mon sens bien trop négligée.

Une photo relativement rare de Kim avec... des cheveux !
Sur cette première vidéo, enregistrée en 1996 quelque part au Texas avec les T-Birds (un fringant Jimmy Vaughan est à la guitare, si je ne m'abuse), Kim travaille essentiellement la première octave (trous 1 à 4). Les glissandos (glissandi?) sur le 3è trou sont particulièrement bien placés lorsqu'il s'agit de passer du degré I au degré IV. Et ça n'arrête pas de swinguer...

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Balance de son à Audun-le-Tiche (Lorraine), l'été dernier.
 Remarquez qu'il va jouer sur DEUX Fender Bassman...

Sur ce deuxième extrait ramené en octobre dernier du club Nefertiti de Goeteborg (Suède), Kim travaille davantage la 3è octave "à la" Jimmy Reed avec des "plans" qui vous percent l'âme. Quant à la formation qui l'accompagne, c'est du (très) lourd: à la guitare Billy Flynn, au piano "Barrelhouse Chuck", à la basse Larry Taylor et à la batterie Richard Innes.

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Quel ampli pour (espérer) sonner comme Little Walter ? (1/2)

Avec quel ampli Little Walter a-t-il sculpté son « son », reconnaissable entre tous? La question est posée depuis plus d'un demi-siècle alors qu'il n'existe que de très rares photos de Marion Jacobs avec son équipement. Eléments de réponse...

Bécanes saturées à donfe - En l'absence de photos du matériel d'amplification utilisé par Little Walter dans les années 50, il est généralement accepté que son "son" peut être attribué à deux facteurs (exclusion faite de son immense talent de musicien): un micro de bas de gamme à très forte distorsion et un ampli à lampes poussé à la limite de l'effet Larsen. Mais pas seulement! Une écoute chronologique de l'oeuvre phonographique du maître révèle qu'il a progressivement évolué du "son" quasi-acoustique de "Juke", son grand'oeuvre, que je vous ai déjà présenté, à celui saturé de "Off The Wall", en passant par toutes les nuances intermédiaires:

"Juke" (version alternative)


"Off The Wall"


En fait, Jacobs a enregistré davantage avec un « son » modérement amplifié qu'avec des bécanes saturées à donfe. Ce qui donne à penser qu'il a utilisé un très large éventail de matériels d'amplification, micros et amplis, pour parvenir à un résultat acceptable par lui.... Dans leur passionnante biographie «Blues with a Feeling: The Little Walter Story»,  Tony Glover, Scott Dirks et Ward Gaines notent que Jacobs avait lui-même du mal à se rappeler voire à décrire l'ampli il avait utilisé pour enregistrer tel ou tel morceau.

Sono portative - Leur travail de détective effectué des années durant auprès de musiciens ayant côtoyé Little Walter --Jimmy Rogers, Dave Myers, Louis Myers et Jimmie Lee Robinson, entre autres-- a toutefois permis d'établir que, très vraisemblablement, Jacobs a fréquement utilisé une sono portative composée d'une tête d'amplification et d'un ou deux haut-parleurs. Pour deux raisons: une telle sono, qui se "repliait" facilement, n'était guère plus encombrante qu'une grosse valise et donc pratique pour emmener en tournées, et elle permettait de brancher simultanément les micros chant et instrument nécessaires sur scène. Sur cette photo prise en 1959 dans un club du South side à Chicago (Illinois) par Jacques DeMetre, du magazine spécialisé français "Soul Bag", Jacobs, assis à gauche, joue à travers l'une de ces têtes (ici entourée en rouge). Si l'on zoome dessus, on découvre qu'il s'agit d'une tête Masco, acronyme de la marque de la Mark Alan Simpson Company, un manufacturier de matériels d'amplification de Long Island (Etat de New York) très actif dans es années 40 et 50 et toujours en activité aujourd'hui même s'il s'occupe davantage de robinetterie que de têtes d'ampli. Voici un exemple de sono portative que Little Walter a pu utiliser. Il s'agit d'un Masco modèle 808 qui, datant des années 1950-52, est équipé d'un HP Jensen de dix pouces, de deux lampes de puissance 6L6, d'un rectifieur 5Y3 et d'une lampe de pré-amplification loctale:

Quelques exemples -- Le guitariste Dave Myers, qui a joué dans l'orchestre de Jacobs de 1952 à 1955, a dit à plusieurs reprises que le boss jouait dans un ampli "Macon", une probable confusion avec les Mascos de l'époque. De nombreux fabricants proposaient alors des amplis-valise du type de ceux montrés ici: Stromberg-Carlson, Knight, Bell, Bogan et d'autres encore. Voici quelques autres exemplaires de sono Masco avec deux HP. De gauche à droite, les modèles MA-17N, Audiosphère 27, MA-8N et MA-25-N.

Le ME-180P -- L'expérience avec ces machines aidant, un modèle a rapidement eu  les faveurs des pros et probablement de Little Walter. Il s'agit du Masco ME-18P, modèle équipé d'une platine installée sur la tête d'ampli. Pourquoi ? Essentiellement parce que sa combinaison de lampes (deux 6L6, une 5Y3, une 6SJ7 et une 6SC7) est aujourd'hui jugée optimale pour les fréquences "utiles" de l'harmonica par des spécialistes comme Gary Onofrio qui s'est en largement inspiré pour concevoir sa ligne des Sonny Jr. Deux entrées ("low" et "high", non d'origine), deux impédances de sortie pour les HP (8 et 16 ohms, non d'origine), un (ou deux) HP de 15 pouces et 40 watts efficaces, le tout transportable comme une valise: voici la bête!

Alors, comment ça sonne? - Jugez-en avec une vidéo de l'une des premières versions du ME-18P, probablement celle au travers de laquelle joue Little Walter sur la photo postée plus haut. A gauche, un exemple de ME-18P plus récent et "customisé" par un amateur éclairé. C'est d'ailleurs ce modèle qui a été retenu par les ingénieurs de la firme américaine MegaTone Amps pour concevoir le Wezo ME-18, un clone de cette petite merveille que je vous avais présenté ici.
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(A suivre...)

"Going Up The Country": le plagiat de Canned Heat !

    Canned Heat a-t-il volé son plus gros succès, "Going Up The Country"? Il semble bien que oui !

Henry Thomas
(1874 - 1950)
Dans un récent post que vous retrouverez ici, j'avais attribué à Canned Heat et à son harmoniciste, Alan Wilson, la paternité de "Going Up The Country", un titre devenu dans les années 60 l'hymne de toute une génération. Il se trouve que Wilson ne peut pas revendiquer cette paternité ! En surfant sur le net, j'ai découvert --mais peut-être les plus "pointus" d'entre vous le savait-il déjà-- que Canned Heat a non pas "emprunté" mais bien "volé" le morceau à un vieux bluesman noir auquel le groupe n'a jamais accordé le moindre crédit sur ses pochettes de disque. Cet artiste spolié, c'est Henry Thomas, un guitariste texan qui a enregistré en 1928 un "Bull Doze Blues" que je vous invite à écouter:
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Il n'y a pas l'ombre d'un doute: le morceau appartient bien à Henry Thomas, dont une bonne biographie (en anglais) se trouve ici  ! Wilson n'a fait que ré-écrire les paroles et "étoffé" quelque peu la musique. Un rapide tour sur le Wikipedia anglais nous apprend en outre que d'autres titres de Thomas ont été repris. Ainsi son "Fishing Blues" par Taj Mahal mais aussi "Honey Won't You Allow Me One More Chance" par Dylan...

Toute l'oeuvre phonographique de Thomas sur trouve sur "Blue Beat Records". A noter que sur la version plagiée par Canned Heat, le flûtiste Jim Horn, qui a travaillé avec les Beatles, les Rolling Stones et Franck Sinatra, a repris note par note le solo original. D'ailleurs, dans la biographie "officielle" du groupe, le dernier batteur du Heat, Fito de la Parra, reconnaît "l'emprunt", même si c'est un peu tard. Voici ce qu'il écrit: "Wilson a retenu ce titre de Thomas, en a ré-écrit les paroles et c'est devenu +Going Up The Country+ avec lequel il a capturé le mouvement de +retour vers la nature+ de la fin des années 60. Le titre est devenu n°1 dans 25 pays dans le monde". Et sans que la moindre royaltie soit versée à Thomas ou à ses descendants !

L'harmoniciste de Madame Carla Bruni-Sarkozy...

 
Madame Carla Bruni-Sarkozy a un harmoniciste: il s'appelle Charles Pasi. Lauréat du concours Zimbalam, le jeune artiste franco-italien a été en 2006 finaliste de l'International Blues Festival de Memphis (Tennessee). On l'écoute...
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Vidéo de la semaine: du "Butter" avec beaucoup de goût...

Cela s'est passé en 1978 à Bearsville (Etat de New York). Paul Butterfield participe à une émission de télévision avec le Dr John aux claviers, David Sanborn au saxophone et Levon Helm à la batterie. Le quatuor enregistre "Slowdown", un morceau figurant sur l'opus "North South" du Paul Butterfield Blues Band. Lors de cette séance, le "Butter" démontre un sens du placement et du phrasé expliquant, a posteriori, pourquoi il est aujourd'hui considéré comme l'un des maîtres de notre instrument.
Son matos - Paul Butterfiled avait pour habitude de jouer sur un Fender "Super Reverb" 1965 (en photo, son ampli perso alors qu'il était en vente sur eBay) et un micro dynamique et unidirectionnel Shure 545 S, dit  "pistol grip" parce que sa forme faisait penser à un pistolet. video

L' "US Navy Band", le papa oublié du "Golden Melody"

Le "Golden Melody", avec le "Marine Band" 1896 l'un des deux harmonicas fétiches de la firme de Trossingen, avait un papa: l'"US Navy Band"


Il était une fois... - Le "Golden Melody" est généralement considéré comme le premier harmonica diatonique à sommier en plastique mis en production par Hohner. Que nenni! Avant de lancer en 1975 sa "Mélodie Dorée", la firme de Trossingen a produit à la fin des années 50, l' "US Navy Band", un harmonica qui lui ressemblait, au moins par son apparence, comme deux gouttes d'eau: mêmes formes oblongues et arrondies, mêmes capots dorés. Avec cet intrument, Hohner cherchait à satisfaire une clientèle rebelle au sommier en bois de poirier du "Marine Band" 1896 qui avait alors tendance à gonfler au contact de la salive.
Une question de tempérament - Comme son célèbre cousin, l' "US Navy Band" avait un accordage au tempérament juste classique, indiqué pour le jeu en octaves. Il était proposé dans une boîte qui n'est pas sans rappeler celle en carton crème des premiers "Golden Melody". A son arrivée à Trossingen à la fin des années 60, Cham-ber Huang, un harmoniciste virtuose chinois embauché par les Allemands pour développer de nouveaux modèles chromatiques, remarque l' "US Navy Band" dont le design très "fiftees" tranche avec la sobriété des formes du "Marine Band". Il sait aussi que nombre de joueurs réclament à la firme souabe un harmonica diatonique accordé au tempérament égal (12TET) pour jouer du jazz, ton sur ton, note par note, comme sur un "chro"". Avec son frère Franck, lui-même violoniste, Cham-ber Huang va donc s'inspirer des formes du "Navy Band" pour dessiner le "Golden Melody".

Cham-ber Huang
Après la noce, la brouille - Plus tard, les frères Huang vont développer avec les ingénieurs de Hohner les CBH 2012 et 2016, deux harmonicas chromatiques dont la conception révolutionnaire des chambres de sommier n'a toujours pas été égalée. Après le temps des noces, celui de la brouille: dans les années 80, les deux frérots se fâchent avec Hohner et quittent l'Europe pour les Etats-Unis, sans toutefois oublier d'emporter leurs brevets. Forts de l'expérience acquise en Allemagne, ils fondent leur propre manufacture d'harmonicas appelée, en toute modestie, "Huang". Cham-ber
va y développer un harmonica qui ressemble à s'y méprendre au... "US Navy Band". C'est le "Star Performer", un harmonica d'entrée-milieu de gamme qu'il fait fabriquer en Chine et qui a la particularité d'avoir des plaques légèrement plus épaisses que celles deses concurrents. Deux versions sont aujourd'hui proposées par la firme.

"Harmonica History", l'émission culte de la BBC Four (1/4)

Voici, pour les longues soirées d'hiver, les deux premiers numéros d'une "Harmonica History" diffusée en 2008 par la BBC et qui n'est plus disponible qu'en podcast payant sur le site de la télévision publique anglaise. Désolé, mais la bande-son est en anglais "only".

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Boîtes d'harmos: entrez dans l'intimité des grands ! (2/3)

Suite de ma série sur les boîtes d'harmos des grands et des moins grands dont vous pourrez retrouver le premier épisode ici
  
A gauche, Boris Plotnikov (Russie), au centre, Plunz (Italie) et à droite, Rosco Selley (Grande-Bretagne)
A gauche, Elisabeth Schultz (USA), au centre, Greg Bouffard (USA) et à droite, Brian Brazil (USA)


A gauche, Eric Frèrejacques (France), au centre et à droite, deux amateurs passionnés
A gauche, à la convention SPAH, au centre, la valise personnelle du président, à droite, un amateur soigneux

A gauche, Brian Batchley (USA), au centre et à droite, deux amateurs


Trois amateurs (celui du centre ne semble pas très fréquentable)

Et trois autres....

Vidéo du mois: un Français sur scène avec Wilson et Estrin

C'est la vidéo du mois! Cela s'est passé le 23 janvier 2010 au Langham Hotel, l'ancien Ritz Carlton, à Pasadena (Californie). A l'affiche du bar ce soir-là, Kim Wilson et Rick Estrin, deux (très) grandes pointures de l'harmonica blues. Jusque là, rien d'extraordinaire... Mais à bien regarder la vidéo, on remarque un troisième harmoniciste qui est loin d'être ridicule lorsqu'il commence à souffler (à 0:28"). De qui s'agit-il ? Eh bien, cet harmoniciste est FRANCAIS ! Il s'agit de Denis Depoître, un chef de cuisine installé depuis quinze ans aux Etats-Unis qui est fou dingue d'harmonica blues. Marié à une Américaine, il oeuvre aux fourneaux du Langham et est devenu un intime de Kim. Voici notre "Chef Denis" qui se lâche sur un Harp King, le "roi" des amplis pour l'harmo:


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J'ai rencontré "Chef Denis" en octobre à Phoenix (Arizona) où il participait au "Rollercoaster", un rendez-vous unique d'harmonicistes organisé par Amanda Wilson, la femme de Kim, et dont je vous ai déjà parlé ici (fouillez les archives!). Notre p'tit Français est là sur scène en au moins aussi bonne compagnie: James Harman et Junior Watson:

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La pochette du nouveau CD de Carlos

DERNIERE HEURE: Le nouveau CD de Carlos del Junco, "Mongrel Mash", vient de sortir ! Des copies signées par l'artiste sont disponibles, avec des clips audio, ICI
 

Alan Wilson: petite histoire de la "Chouette aveugle"

"Blind Owl": 04 juillet 1943 - 02 septembre 1970

Au royaume des harmonicistes blancs sous-évalués et des génies musicaux oubliés, Alan Wilson est certainement roi. Décédé à seulement 27 ans (comme Jimi Hendrix, Janis Joplin et Robert Johnson), Wilson fut un instrumentiste accompli non seulement sur l'harmo mais également sur le trombone, qu'il a appris adolescent, et la guitare: c'est lui qui a introduit le "finger picking" propre à certaines formes de blues dans le rock. Il fut en outre un ténor dont le timbre cuivré est reconnaissable entre tous et un musicologue (il a étudié la composition et le solfège à l'université de Boston, Massachusetts). Ses deux titres-fétiche, "Going Up The Country" et "On The Road Again", ont été les hymnes d'une génération. Ils sont utilisés aujourd'hui pour des publicités et comme génériques d'émissions de télévision. 

Ses titres de référence:
Outre les deux titres cités plus haut, le double album "Hooker and Heat", enregistré avec John Lee Hooker et dont Wilson ne verra pas la sortie, contient l'essentiel de l'héritage du "Blind Owl" ("Chouette aveugle", sobriquet que lui valut sa myopie). A l'issue de l'enregistrement, le "Hook" a qualifié Wilson de "plus grand harmoniciste de tous les temps".

Sa vie, son oeuvre:
Né à Arlington (Massachusetts), Alan Wilson forme son premier orchestre à seulement 15 ans, « Crescent City », alors qu'il vient de découvrir le jazz dont sa mère pianiste, Shirley Brigham, est friande. Très vite, il découvre le blues avec Muddy Waters dont la voix et la guitare « slide » sont pour lui une révélation. En 1962, après une année passée en musicologie à l'université de Boston (Massachusetts), il travaille sa voix, qui n'est sans rappeler celle de Skip James, la guitare et l'harmonica, et se produit dans les clubs de Cambridge (Massachusetts). Il y rencontre Bukka White mais surtout Son House, l'un des mentors de Robert Johnson et de Muddy Waters, qui a alors sombré dans l'alcoolisme. Il obtient pour le vieil homme un contrat chez Columbia et enregistre avec lui deux albums, “Father of the Delta Blues” et “Delta Blues and Spirituals”, où il joue de l'harmonica et de la guitare.
En 1965, il rencontre le guitariste John Fahen qui cherche un musicologue pour une thèse qu'il rédige sur le bluesman Charley Patton. Wilson déménage avec lui à Los Angeles (Californie) où il fait la connaissance de Bob Hite. Les trois décident de fonder un groupe: ce sera « Canned Heat », du nom d'un titre de Tommy Johnson, un obscur bluesman des années 1920! Fahen est rapidement remplacé par Henry Vestine tandis que pour compléter la formation sont engagés le bassiste Larry Taylor et le batteur Frank Cook.
Le premier LP est enregistré en 1966 sur Liberty Records et Canned se produit alors au festival pop de Monterey. A la fin de 1967, Cook est remplacé par Fito de la Parra et le groupe enregistre «Boogie With Canned Heat » sur lequel se trouve un titre reseemblant à un « raga » indien, “On The Road Again”. Le titre se classe rapidement n° 16 sur les « charts » de Billboard aux Etats-Unis et n° 8 en Angleterre.
En 1969, le groupe enregistre «Living The Blues » sur lequel se trouve “Going Up The Country” qui deviendra le thème du film sur le festival de Woodstock et l'étendard psychédélique d'une génération , celle des « hippies ». Harvey Mandel remplace alors Vestine à la guitare, victime d'abus en tous genres, et le groupe entreprend des tournées aux Etats-Unis et en Europe.
Le 03 septembre 1970, Canned Heat, qui  vient de participer à la deuxième édition du festival de l’île de Wight, doit repartir sur le Vieux Continent mais, à l'aéroport, Alan Wilson manque à l'appel. Il est retrouvé mort dans le jardin de Bob Hite à Topanga Canyon (Californie): "overdose" de barbituriques...

De quoi jouait-il ?
Alan Wilson jouait, outre le Marine Band classique de Hohner, le modèle 364-SC « Soloist » à 12 trous. Cet instrument, qui n'est plus fabriqué qu'en Do, est accordé comme un chromatique mais sans la tirette. Trois octaves complètes y sont disponibles.

Lecture conseillée:
Discussion sur le forum "Modern Blues Harmonica" d'Adam Gussow
Un article de blog intéressant (A)

Liens:
Sa relation avec Son House (A): http://www.wirz.de/music/house/grafik/wilson.pdf






Le solo d'"On The Road Again" expliqué par Pat Missin:  

Pour nombre d'harmonicistes --dont moi-même--, le solo d'Al Wilson sur son titre-fétiche est resté longtemps un mystère: quelle était cette note qu'il sortait à l'issue d'une montée lyrique sur son harmo en La ?



Pat Missin nous livre ici la réponse:
La note en question est un Sol obtenu sur le 6è trou aspiré. Sur un harmonica en La standard, sur ce trou, c'est un Sol dièse (La bémol) qui est produit et il n'est pas possible d'altérer ce trou d'un demi-ton. Alors comment a-t-il fait ? Peut-être a-t-il joué un +overblow+ sur le 6 soufflé, qui donne effectivement un Sol ? C'est possible mais cela aurait induit un changement extrêmement rapide de direction du souffle entre le 4 aspiré (Si) et le 5 aspiré (Ré) qu'il joue juste après. De plus, ces notes sont liées entre elles... En fait, il a ré-accordé l'anche du 6 aspiré en la "baissant" d'un demi-ton pour obtenir le Sol. Il utilise le même accordage sur d'autres morceaux comme "TV Mama" and "Nine Below Zero" que l'on trouve sur la compile "The Very Best Of Canned Heat". Voici une version enregistrée en 1968 lors d'une tournée européenne:


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 Le solo de "Boogie Chillen n° 2" décortiqué par Jason Ricci:
Ce solo est un autre grand moment d'harmonica... Complexe et original (pas de "plans" à la Little Walter ici!), il a été étudié par nombre d'harmonicistes en herbe dans les années soixante (dont votre serviteur). Jason Ricci en livre les secrets:

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Enfin qu'il soit permis au vieux hippie que je suis devenu de vous proposer une version de "Going Up The Country" enregistrée en 1969 au festival de Woodstock. Peace and Love: c'était le bon temps, les amis...


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Le TurboSlide: un diatonique aux propriétés chromatiques

Après le TurboHarpo ELX, l'harmonica électrique du Pr Antaki, voici le Turboslide, un instrument diatonique qui, équipé d'une tirette, permet d'altérer toutes les notes soufflées. Une à une ou toutes ensemble !

Une tirette magnétique - Dans un précédent et récent papier, je vous avais présenté le TurboHarp ELX, l'harmonica électrique du professeur James F. Antaki, un chirurgien de l'université de Pittsburgh fou d'harmonica (lire plus bas). Mais notre médecin harmoniciste, connu sous le sobriquet de TurboDog dans la communauté, a d'autres inventions dans son sac. Ainsi le Turboslide, un harmonica diatonique aux propriétés chromatiques. Basé sur le Seydel Silver, un dix trous aux anches en acier inoxydable, le TurboSlide est équipé d'une tirette magnétique qui permet d'altérer jusqu'à un ton toutes les notes soufflées, et seulement celles-ci. Autre particularité: il est possible d'altérer un groupe de notes (soufflées) voire toutes ensemble. Mais là, attention à ne pas avaler l'harmonica!

Comment ça marche ? Je vois immédiatement les plus sceptiques d'entre vous se gratter le haut du ciboulot: "Comment est-ce possible?". L'analogie à mon sens la plus pertinente pour comprendre le système consiste à le comparer au bras de vibrato (la "whammy bar") équipant certaines guitares, comme ici cette Squier Stratocaster de Fender. En tirant sur le bras, toutes les cordes sont instantanément distendues pour donner un effet sonore communément utilisé dans le blues et dans le rock. Voici d'ailleurs notre professeur nous expliquant dans le détail (en anglais) son invention:


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Comment ça sonne ? Alors, évidemment, comment sonne cet instrument dont certains pourraient, à juste titre, penser qu'il s'agit d'un gadget sans intérêt ? Voici ce que cela donne entre les mains de Pat Missin, l'un des érudits les plus pointus dans le domaine de notre instrument qui interprète (en 5è position sur un harmo en La) "House Of The Rising Sun". Le résultat est proprement étonnant: le son ressemble à celui d'un instrument à cordes:




Vous n'êtes toujours pas convaincu ? Voici une autre vidéo trouvée sur le net pour vous permettre de forger votre opinion (en anglais avec un fort accent espagnol):

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TurboSlide, mode d'emploi - Voici par ailleurs le mode d'emploi de cet harmonica qui n'a pas d'équivalent sur le marché et qui, soit dit en passant, permet également les "overblows" ce qui rend l'instrumen totalement chromatique. Le "hic" reste son prix: $149,-, soit €109,- au cours du jour ! Pour ceux que ça intéresse, voici quelques liens et infos utiles:

Antakamatics Incorporated / TurboHarp
3500 Fifth Avenue, suite #203
Pittsburgh - PA 15213 (USA)
Tel: 412.802.6432