Sonny Boy Williamson 1 et 2: les pères de l'harmo blues (2/2)

C'est l'une des questions que se posent fréquemment les harmonicistes impétrants, surtout s'ils s'intéressent au blues: "Quel est le +vrai+ Sonny Boy Williamson?". S'agit-il de John Lee Williamson, dont j'ai évoqué la carrière dans le premier épisode de cette série? Ou est-ce Aleck "Rice" Miller, ici en bouc et cigarette au doigt, qui jaloux du succès de son collègue en aurait usurpé le nom d'artiste? Une chose est sûre, cependant: ils ont chacun défini, à des titres divers, le "son" de l'harmonica blues. Voici pourquoi...




Aleck "Rice" Miller (Sonny Boy Williamson 2)
(1899/1908/1912 - 25 mai 1965)

Ses enregistrementsAleck "Rice" Miller dit "Sonny Boy Williamson 2" a enregistré entre 1945 et 1964 pour les labels Trumpet, Checker/Chess et Storyville.

Ses complicesElmore James, Josh White, Bobo “Slim” Thomas , Robert “Dudlow” Taylor, James “Peck” Curtis, Arthur “Big Boy” Crudup, Tampa Red, Willie Nix, Baby Boy Warren et Charles Clark.

Ses référencesMighty Long Time“, “Eyesight To The Blind“, “Help Me“, “Bye Bye Bird“, “One Way Out“, “Don’t Start Me To Talkin”.

Sa vie, son oeuvrené Aleck Ford dans le Mississippi, il a rapidement adopté le patronyme de son beau-père (Miller). Dans les années 30, Aleck Miller va développer ses dons musicaux dans les Etats du Sud, et particulièrement au Mississippi et dans l'Arkansas. Il y rencontre Robert Lockwood Jr avec lequel il est engagé par la station KFFA à Helena (Arkansas) pour animer une émission quotidienne sponsorisée par une minoterie. C'est sur cette émission, la "King Biscuit Flour Hour", qu'il se présente comme “Sonny Boy Williamson”, "empruntant" pour des raisons commerciales le patronyme d'un autre artiste de blues du moment, très populaire dans le Sud, John Lee "Sonny Boy" Williamson.
Lorsque Trumpet, sa première maison de disques fait faillite en 1955, il passe chez Checker, une filiale du célèbre label Chess de Chicago.
Il connaît alors sa période artistique la plus prolifique au cours de laquelle il compose et enregistre, parfois sur le coin d'un bar, ses titres les plus célèbres dont “Ninety-Nine“, “Bring It On Home To Me“ et “Nine Below Zero“.
En 1963, en tournée en Europe, il enregistre en solo et avec Memphis Slim, Matt “Guitar” Murphy à Copenhague et Stockholm.
Des pans entiers de sa vie restent encore mystérieux à ce jour. Ainsi, aucun de ses biographes n'a réussi à déterminer avec précision la date de sa naissance..

Une anecdotela légende veut que "Rice" Miller ait joué dans un bar de Greenwood (Mississippi) avec Robert Johnson  la nuit où ce dernier a été empoisonné, vraisemblablement par un mari jaloux, en 1938. Miller aurait arraché des mains de Johnson une première bouteille dans laquelle se trouvait de la mort-au-rat. Lorsque une deuxième bouteille est arrivée dans la loge, Johnson serait passé outre le conseil de Miller de ne pas y toucher.

Ecoute conseillée:
“King Biscuit Time” – Arhoolie (early Trumpet recordings)
“Goin’ In Your Direction” – Acoustic Archives (early Trumpet recordings)
“Clownin’ With The World” – Acoustic Archives (early Trumpet recordings)
“His Best” – MCA/Chess (Checker/Chess recordings)
“Real Folk Blues/More Real Folk Blues” – MCA/Chess (Checker/Chess recordings)

Visionnage conseillé:
American Folk Blues Festival Vol. 1
American Folk Blues Festival Vol. 2
American Folk Blues Festival Vol. 4 – British Tours

Pour en savoir plus:



(Copyright 2010: Dennis Gruenling - Adaptation: Robert Koch)




Sonny Boy Williamson 1 et 2: les pères de l'harmo blues (1/2)

Rice Miller: SBW II
John Lee Williamson: SBW 1
C'est l'une des questions que se posent fréquemment les harmonicistes impétrants, surtout s'ils s'intéressent au blues: "Quel est le +vrai+ Sonny Boy Williamson?". S'agit-il de John Lee Williamson, qui nous fait voir ici ses blanches quenottes et qui serait le seul légitime? Ou est-ce Aleck "Rice" Miller, ici en bouc et chapeau melon, qui jaloux du succès de son collègue en aurait usurpé le nom d'artiste? Une chose est sûre, cependant: ils ont chacun défini, à des titres divers, le "son" de l'harmonica blues. Voici pourquoi...

  


John Lee Curtis "Sonny Boy" Williamson 1
(30 mars 1914 – 1er juin 1948)


Ses enregistrements: John Lee "Sonny Boy" Williamson a commencé à enregistrer à la fin des années 30. Entre 1937 et 1947, il a gravé plus de 120 titres sur les labels RCA Victor/Bluebird. A la fin des années 40, il était l'artiste de blues le plus populaire de son époque.

Ses complices: il a également enregistré avec Robert Lee McCollum, Big Joe Williams, Henry Townshend, Elijah Jones, Yank Rachell, Jackson Williams, Speckled Red, Tampa Red et Big Maceo.

Ses référencesGood Morning Little School Girl”, sa première galette qui reste, aujourd'hui encore, l'un des blues traditionnels les plus joués dans le monde; “Early In The Morning“, “Decoration (Day) Blues“, “My Little Machine“, “Sloppy Drunk Blues“, “Check Up On My Baby“, “Elevator Woman“, “Hoodoo Hoodoo”. Ce dernier morceau a été repris par notamment Junior Wells sous le titre "Hoodoo Man Blues".

Ses meilleures galettesThe Original” (Volume 1), sur le label JSP et “Later Years” (Volume 2), également sur JSP.

Sa vie, son oeuvrebien qu'affligé d'un bégaiement, John Lee Williamson s'est imposé non seulement comme l'harmoniciste ayant défini véritablement le "style de Chicago" mais comme l'un des plus grands bluesmen de tous les temps, dont l'influence perdure jusqu'à notre époque troublée de la Sarkozie triomphante.
N'importe quel harmoniciste ayant exploré le style de Chicago est redevable au premier des Sonny Boy d'au moins une partie de son vocabulaire musical.
Le "son", les "plans" et les schémas de John Lee Williamson ont été abondamment copiés dans :les années 30 et 40 par les instrumentistes de sa génération. Et sept décennies plus tard, ces plans définissent toujours la manière dont le blues est joué au 21è siècle.
Il est d'ailleurs intéressant d'observer l'évolution de son jeu en parallèle à l'évolution de sa carrière.
Les premiers enregistrements étaient plus basiques et plus ruraux que ses dernières compositions, influencées par le swing et le "jump blues" des années 40.
Vers la fin de sa carrière, son phrasé apparaissait comme plus libre, plus "coulant" grâce à l'utilisattion de notes uniques en lieu et place des accords que donne typiquement une embouchure en "tongue blocking".
Lorsqu'on compare le blues de John Lee Williamson à celui de la génération suivante --Little Walter Jacobs, notamment--, celui-ci peut en effet paraître plus "rudimentaire" ou "simpliste".
Mais ne laissez pas vos oreilles vous raconter des histoires: le style du premier Sonny Boy est un foisonnement de nuances, de subtilités et de textures rythmiques difficiles à dupliquer...

Sa mort: le 1er juin 1948, John Lee Willliamson a été brutalement assassiné alors qu'il rentrait chez lui à pied après un concert au Plantation Club, dans le South Side de Chicago, à seulement un pâté de maisons de chez lui. Selon le guitariste Lonnie Johnson, le premier des Sonny Boy a reçu 17 coups de pic à glace dans la tête. A 34 ans, une vraie mort de bluesman!

Sa rivalité avec "Rice" Miller:  John Lee Williamson n'a  que peu apprécié de se faire voler son nom par Rice Miller. Selon Robert Lockwood Junior, John Lee a confronté Miller pour mettre fin à l'imposture. "Big Sonny Boy (Miller) a mis Little Sonny Boy (Williamson) à la porte", a-t-il rapporté. Mais Williamson n'a jamais engagé aucune action judiciaire contre Miller.

Pour en savoir plus:
(Copyright: Dennis Gruenling 2010 - Adaptation: Robert Koch)


Comment vraiment chanter le blues: quelques règles simples...

Vous avez le blues et vous voulez le crier autour de vous? Voici quelques conseils simples pour vous éviter le ridicule lorsque vous enregistrerez un clip vidéo à poster sur YouTube:

1) Si la plupart des blues débutent avec "J'me suis levé ce matin", "J'ai une chouette p'tite femme" n'est pas une bonne façon de commencer un blues. A moins de continuer avec quelque chose de méchant, genre: "J'ai une chouette p'tite femme, elle pue d'la gueule et claque des dents".
2) Le blues, ça doit rester simple. Répétez la phrase que vous venez de trouver, puis faites la rimer: 
"J'ai une chouette p'tite femme, elle pue d'la gueule et claque des dents"
"J'ai une chouette p'tite femme, elle pue d'la gueule et claque des dents"
"Mais j'm'en fiche pas mal quand, le soir j'lui fais du rent'dedans"
3) Votre chouette p'tite femme qui pue d'la gueule et claque des dents vous annonce qu'elle va partir, ce n'est pas le blues. Par contre, si elle vous dit qu'elle va rester, c'est le blues. Le vrai!
4) Une vieille Chevrolet ou Ford modèle T peuvent faire une bluesmobile acceptable. On n'a pas le blues en BMW ou en Volvo. Le bus, "Greyhound" de préférence, et un billet de train pour Chicago (aller simple seulement) sont des moyens de transport blues. Le co-voiturage et les jets privés ne le sont pas. En revanche, marcher, c'est très blues. Surtout si c'est seul et le long d'une voie ferrée qui descend dans le Mississippi...
6) Les adolescents n'ont pas le blues: ils ont des hormones. Les adultes chantent le blues! Dans le blues, être adulte, c'est être assez vieux pour fumer un flic à Memphis et passer sur la chaise électrique.
7) Meilleures villes pour avoir le blues: Chicago, Saint-Louis ou Kansas City mais pas Neuilly, Cannes ou Saint Tropez.
8) Un homme chauve ne peut pas avoir le blues. Une femme chauve si... Se casser ue jambe en faisant du ski hors pistes, ce n'est pas le blues. Se faire casser une jambe par un alligator dans un bayou en Louisiane, c'est très blues.
9) Le violet, le beige et le mauve ne sont pas des couleurs blues. Le noir et le bleu définitivement! Et aussi le rouge, quand il s'agit du petit coq qui ne veut pas se lever le matin.
10) On ne peut pas avoir le blues dans une banque ou un centre commercial: la lumière est trop tamisée. Sortez sur le parking et allez jusqu'à la benne à ordures.
11) Bons endroits pour avoir le blues: dans le désordre, autoroute, cellule de dégrisement, lit vide, fond d'une bouteille de whisky. Mauvais endroits pour avoir le blues: ashram, galerie de sculptures post-modernes, terrain de golf, Fouquet's.
12) Si vous portez des costumes, personne ne croira que vous avez le blues sauf si êtes un vieil homme et si vous dormez dedans.
13) Quand avez-vous gagné le droit de chanter le blues? Si vous êtes plus vieux que la Mère Denis, si vous être aveugle, si vous avez fumé un flic à Memphis, si vous mangez du pâté pour chat devant votre télévision. Ce droit vous est dénié si vous avez toutes vos dents, si vous avez recouvré la vue grâce à une opération de la cataracte, si le flic de Memphis que vous pensiez avoir flingué s'en est tiré ou si vous avez des "stock options".
14) Si vous avez demandé du whiskey et votre bébé vous a donné d'la gasoline, vous avez le blues. Autres boissons blues acceptables: vin (de la piquette uniquement), bière (en grandes quantités exclusivement), bourbon, eau croupie, café noir. Boissons prohibées dans le blues: tous les cocktails, vin casher, eau minérale (gazeuse ou non), jus de fruits.
16) Si vous trépassez dans un hôtel miteux ou une caravane sous un pont d'autoroute, c'est une mort digne d'un bluesman. Etre poignardé dans le dos par un mari jaloux est conforme à l'étiquette blues. La chaise électrique, le défaut de soins aux urgences d'un hôpital de l'Est parisien ou une overdose de barbituriques constituent des trépas acceptables par la grande communauté du blues. A éviter: la crise cardiaque pendant un match de tennis ou décéder pendant une liposuccion...
17) Quelques prénoms blues pour les filles: Big Mama, Sadie, Bessie. Pour les garçons: Joe, Little (Big) Willie, Lightnin', Smokey, Sunnyside. Les personnes se prénommant Ambre, Jade ou Charles-Edouard ne sont pas autorisées à chanter le blues, même si elles ont fumé trois flics à Memphis.
18) Comment se fabriquer un nom qui sonne blues (pour débutants):
       a) Choisir une infirmité physique (cécité, paraplégie)
       b) Choisir un fruit exotique (citron, kiwi, ananas)
       c) Choisir le nom d'un président, si possible décédé
       d) Mélanger le tout pour trouver le mix approprié
En anglais, cela donnerait "Blind Lemon Jefferson", soit "Citron Aveugle Jefferson". En français, on pense à "Mangue châtrée Sarkozy"... Vos suggestions sont les bienvenues!

Joe Filisko et Eric Noden à Kaysersberg le 10 novembre 2011

Répondant à une demande populaire après le triomphe de l'an dernier (j'exagère à peine...), l'harmoniciste américain Joe Filisko et son complice guitariste Eric Noden donneront, le 10 novembre (veille de jour férié, je vous le souligne) un nouvel et unique concert en France au "Badhüs" de Kaysersberg, près de Colmar, au coeur de l'Alsace.
Concert à 21 heures. Entrée libre!
Me voici filmé avec eux en 2009, lors des championnats du monde Hohner à Trossingen (Allemagne)


video

Amanda's Roller Coaster: l'harmonica blues au sommet (3/3)

Dimanche, j'émerge de mon coma vers... 15 heures! Je me lève dans un sursaut et passe en 4è vitesse sous la douche pour être au club à l'ouverture des portes à 16 heures. Joe Filisko ouvre le début de soirée devant un auditoire plutôt bavard. Mais bien que seul sur scène, Joe impose le silence à la salle par le feu d'artifice qu'il allume, démontrant une nouvelle fois qu'il est le maître incontesté de l'harmonica acoustique et, plus particulièrement, des différents styles de l'avant-guerre.

Pour ceux qui voudraient encore s'en convaincre, Joe donnera avec son complice guitariste Eric Noden un concert unique à Kayserberg, près de Colmar (Haut-Rhin), le dimanche 31 octobre prochain à 21 heures!
La fatigue se fait sentir et je n'écoute que d'une oreille distraite Dave Waldman, un professeur d'histoires grecque et latine de l'université de Chicago (Illinois) perdu, comme moi, dans le blues et qui se débrouille plutôt pas mal à l'instrument. Dehors, la nuit américaine se fait belle et, devant le club, je remarque cette Coccinelle "tunée". La parfaite "blues mobile", non?
C'est maintenant au tour de Jerry Portnoy, l'un des maîtres du blues de Chicago qui a joué, entre autres, avec Muddy Waters et Eric Clapton. Jerry, qui sera les 24 et 25 novembre à Paris, au Jazz Club Lionel Hampton de l'hôtel Méridien. Maître de la syncope, jouant systématiquement derrière le temps (à contre-temps, diront ses détracteurs), il a toujours un jeu en apparence "paresseux" mais qui, en fait, est d'une redoutable efficacité, à la fois subtil et "swinguant". Le voici interprétant "Doodling", l'un de ses morceaux fétiche.
Ovationné par le public, il est suivi par Steve Marriner, jeune harmoniciste qui a livré un "set" d'une énergie folle, remettant tout le monde sur pied pour Lazy  Lester, 77 ans aux prunes et dont le morceau "Sugar Coated Love" a fait le tour du monde des cercles blues. Je ne sais pas encore que c'est celui-là qui va rester trottant dans ma tête durant les trente heures qu'a duré mon retour, de Phoenix à Memphis (Boeing 777), de Memphis à Paris (Airbus 280), de Paris à Metz (TGV) et de Metz à Katzenthal (Peugeot 206)... 

Harmonica Masters Workshops 2010: Baker, Barrett, Filisko, Noden et Ker Ourio


Les "Harmonica Masters Workshops" auront lieu cette année du 03 au 07 novembre au conservatoire Hohner de Trossingen (Allemagne).

Au programme de cette 6è édition, cinq intervenants:
Steve Baker (harmonica diatonique)
David Barrett (harmonica diatonique)
Joe Filisko (harmonica diatonique)
Olivier Ker Ourio (harmonica chromatique)
Eric Noden (guitare)


Et aussi trois concerts à la "Kulturfabrik" du Kesselhaus Hohner:

Vendredi 05 novembre à 20h00: "Lorsque le blues acoustique rencontre le funk acoustique"
Joe Filisko et  Eric Noden
Steve Baker et Opportunity

Samedi 06 novembre à 20h00: "Lorsque le swing de la Côte Ouest rencontre le jazz chromatique"
David Barrett et son groupe
Olivier Ker Ourio et Franck Amsallem

Dimanche 07 novembre à 13h00: concert-bénéfice pour le musée de l'harmonica
Tous les intervenants avec des invités-surprise

Renseignements complémentaires et inscriptions:
trossingen.de/mcms.php?_oid=076caf3-e9d8-6518-df17-cb0dbad88228d
hohner.de/ablage/med_00007605_1277283695_bluesfabrik%202010%20flyer.pdf

Du Marine Band 1896 Classic au Deluxe et au Crossover: Steve Baker raconte...

 
Par deux fois en l'espace de quelques années, le Marine Band 1896, l'harmonica diatonique emblématique de Hohner dont la conception n'avait pas évolué depuis plus d'un siècle, a été remodelé et "boosté" par la firme de Trossingen. Après les graves défauts de fabrication qui avaient affecté le modèle dans les années 90 --et qui avaient fortement secoué le groupe--, Hohner a réagi en sortant coup sur coup deux nouveaux modèles dérivés du 1896 et proposant d'intéressantes innovations technologiques.
En 2005, avec le Marine Band Deluxe (MBDL), le fabricant souabe propose un instrument aux plaques et aux capots vissés, abandonnant les clous qui faisaient le charme désuet du modèle classique. Prenant acte du bond technologique réussi par les "customiseurs", dont le plus connu est l'Américain Joe Filisko, Hohner offre avec le MBDL une "base" à partir de laquelle chacun peut, avec quelques ajustements simples, réaliser son propre "custom". Ou presque.
Puis en 2009, Hohner sort le Crossover avec un sommier en bambou, un sacrilège pour les irréductibles du sommier traditionnel en bois de poirier, et un accordage dit "tempéré" 12 TET. La réussite commerciale de ces deux nouveaux modèles est cruciale pour Hohner, notamment aux Etats-Unis où la firme allemande est directement en butte aux nouveaux modèles de ses concurrents, petits et grands, et qui, pour certains, proposent des innovations inattendues.
Il y a d'abord le B-Radical de Brad Harrisson, un autre "customiseur" américain qui a pris le pari apparemment insensé de produire en masse un instrument fait sur mesures. Design révolutionnaire, anches vissées sur la plaque, peigne en matériau composite: le B-Radical place la barre très haut... Malheureusement, il faut attendre plus d'un an (!) avant de pouvoir en obtenir un de la firme. A $200,- l'unité, ça fait cher du quart d'heure. Brad tente actuellement de satisfaire les commandes enregistrées au cours des deux dernières années. A mon humble avis, il est urgent d'attendre que la production soit véritablement lancée avant de commander. Voici par ailleurs un banc d'essai de l'instrument réalisé il y a déjà quelque temps par Michael Timler, qui vient d'être embauché par Hohner.
Il y a ensuite le Manji du Japonais Suzuki, qui est sans doute le concurrent le plus sérieux de la nouvelle ligne Hohner. Sans compter les "Firebreath", "Promaster" et autres "Folkmaster" du même fabricant.
Il y a enfin le 1847 de l'Allemand Seydel, le seul diatonique fabriqué avec des anches en acier inoxydable... Voici un banc d'essai de cet harmonica adopté notamment par James Cotton. 
Les Seydel 1847 de Cotton...
Steve Baker, qui est aussi consultant Hohner lorsqu'il ne se produit pas sur une scène, raconte le développement des Marine Band Deluxe et Crossover auquel il a été étroitement associé. "Nous avons voulu développer une nouvelle ligne d'harmonicas diatoniques à partir du Marine Band 1896 qui a défini le son blues dans la discographie mondiale. Le Marine Band est en effet joué dans d'innombrables enregistrements des années 20 aux années 60", explique-t-il dans la livraison d'octobre-novembre de "Harmonica World", la publication de la National Harmonica League, l'organisation parapluie en Angleterre et au Pays de Galles.
Les Crossover de Steve Baker...
 "Au début des années 90, Filisko a été le premier à utiliser ce modèle pour en faire des instruments dont la réponse, le volume et le +son+ étaient à tous points supérieurs à ceux alors disponibles dans le commerce. Je suis un ami de Joe depuis 1991. J'ai donc été aux premières loges pour suivre ces développements et j'ai joué ses +customs+ dès le début", poursuit-il. "Le 1896 est de ce fait rapidement devenu la +base+ utilisée par les customiseurs pour construire leurs instruments d'exception. J'ai immédiatement compris que certaines des modifications apportées par ces luthiers pouvaient être incorporées dans une fabrication industrielle. Je rêvais alors d'un Marine Band 1896 avec un sommier imperméable, équipé de capots plus ouverts et assemblé avec des vis au-lieu de clous. Lorsque Hohner a lancé son XB-40 en 2003,
Les Filiskos de Howard Levy...
j'ai fait ces suggestions au service +recherche et développement+ de Hohner et il est rapidement apparu qu'un Marine Band 1896 vissé plutôt que +clouté+ pouvait être produit industriellement de manière viable", se souvient Steve.
"Sorti en 2005, le Marine Band Deluxe a généralement été bien reçu par le public et les professionnels, malgré quelques petits soucis de jeunesse. Lorsque Hohner a adopté un nouveau profilage pour ses anches dans le milieu des années 2000, j'ai proposé la fabrication d'un nouveau modèle à partir d'un peigne en bambou, un matériau couramment utilisé en Asie. Nous avons donc testé le bambou laminé pour la fabrication de sommiers et les premiers prototypes me sont arrivés en 2007", confie Baker.
"La première fois que je les ai joués scène, j'ai été frappé par la manière dont ils répondaient. L'influence du peigne sur le son étant un sujet polémique dans la communauté des harmonicistes, j'ai évité de faire publiquement part des mes observations. Mais j'avais des harmonicas
Les Marine Band de JJ...
dont le sommier était complètement étanche par rapport aux peignes en poirier. Pour le vérifier, j'ai laissé tremper un sommier en bambou dans un verre d'eau pendant une demie heure... Il n'a pas bougé d'un poil! Aujourd'hui, je nettoie mes Crossover sous le robinet.
A l'automne de 2008, j'ai décidé de faire des essais +aveugles+ de peignes construits avec différents matériaux. J'ai conduit ces tests avec Joe Filisko, Howard Levy, Carlos del Junco et Michael Timler, qui exploitait encore son site de vente par correspondance, harponline.de/. Il s'agissait d'évaluer les altérations, les +overblows+ et la réponse des différentes versions", révèle Steve à "Harmonica World".
Les Golden Melody de Michel Herblin
Alors qu'aucun des participants à ces tests ne savait quel peigne il essayait, les résultats ont été remarquablement homogènes. "Les meilleurs notes ont été données aux harmonicas avec un peigne en bambou. Tous les intervenants ont conclu que ces instruments étaient plus sonores, même si Howard et Carlos ont une préférence pour un son plus +sombre+. J'étais ravi de voir corroboré par ces grands professionnels mon enthousiasme pour les sommiers en bambou.
Cette unanimité a convaincu Hohner qui a décidé de sortir un nouveau modèle de la série des Marine Band avec un peigne en bambou qui serait entièrement compatible avec le Deluxe. Contrairement à l'accordage +just+ utilisé pour le Marine Band Classic et son avatar Deluxe, j'ai proposé un accordage tempéré 12 TET que j'utilise depuis plus de 20 ans pour mes propres harmos".
Les MB Classic de Jerry Portnoy
"Dans cet accordage, les septièmes (trous 5-9 aspirés) sont en TET 12 tandis que les tierces majeures (trous 2-5 et 5-8 soufflés, et 3-7 aspirés) sont légèrement +en dessous+ de la tonalité de manière à ce que les accords n'aient pas d'interférences de battement et que les notes individuelles sonnent justes.
Cela permet de jouer facilement l'instrument dans les différentes positions, ce qui est toujours davantage le cas dans le jeu moderne. Après l'aval de Hohner, j'ai personnellement accordé les      +plaques mère+. Les premiers Crossover ont été présentés en août 2009 à la convention SPAH de Sacramento (Californie). "L'accueil a été on ne peut plus enthousiaste", affirme Baker.
(Copyright: Steve Baker 2010 - Traduction: Robert Koch)

Amanda's Roller Coaster: l'harmonica blues au sommet (2/3)

Samedi, le grand soir: je vais enfin voir James Cotton en concert! Vingt-cinq albums, cinq "Handy Awards" et un "Grammy Award" au compteur, et un parcours émaillé par des rencontres avec des artistes aussi prestigieux que Sonny Boy Williamson, Muddy Waters, Howling Wolf, Otis Spann, Pinetop Perkins et Johnny Winter, une légende vivante quoi! Je ne sais pas encore combien grande sera ma déception... Je passe la journée à flemmarder à la piscine de l'hôtel où, sous une chaleur étouffante, je rencontre Denis Depoître, un chef de cuisine installé depuis quinze ans à Pasadena (Californie). Marié à une Américaine, il oeuvre aux fourneaux du Ritz-Carlton et est devenu un intime de Kim Wilson. Il m'indique qu'il a réussi à se faire inscrire au menu de la soirée... Je vérifie et je constate qu'effectivement, un "Chef Denis" apparaît au programme officiel. Voici notre p'tit Français qui se lâche sur scène avec James Harman.
Le soir tombé, je me traîne au Rythm Room. Pas grand monde, à l'exception de deux "roadies" occupés à règler les amplis. Il est 18H30 et il fait encore 32° à l'ombre. Une bière chasse l'autre....
Lunettes et bonnet noirs, Paul Oscher se prépare à ouvrir le bal. Son matos est impressionnant et particulièrement son "rack" d'effets, comparable à celui d'un guitariste. J'ai le temps de le photographier avant qu'un "roadie" ne m'interdise l'utilisation de la caméra. Paul fut titulaire de la chaire d'harmonica dans l'orchestre de Muddy entre 1967 et 1972, occupée avant lui par Little Walter, Junior Wells, "Big" Walter Horton et donc Cotton.  Alors que je m'attends à un "set" sans histoire, Oscher commence à mettre le feu au club, maintenant bondé.
Multi-instrumentiste --harmonica mais aussi guitare, piano et harmonica basse --, il se lance dans une reprise de "Sail on, sail on", l'un des morceaux de "slide" emblématiques de Muddy. Trente minutes et huit morceaux plus tard, Paul aura donné "la" performance du sommet, saluée par le public mais aussi par les Wilson, Portnoy, Sumlin et consorts agglutinés dans un coin de la scène, le sourire aux lèvres.
C'est maintenant au tour de Bharath Rajakumar... Ce jeune (34 ans) Montréalais d'origine indienne est vénéré par les fans de Walter Jacobs pour avoir réussi, avec ses Rythm Four à "cloner" le son du maître. Au point où "Kim Wilson l'a invité en personne à venir à Phoenix", me glisse le barman qui, bien que ventripotent, m'a l'air très au courant. Je choisis de le croire.
Pour vous forger une opinion, voici deux vidéos postées sur YouTube: la première et la seconde.
Pas mal, non? En tout cas, convaincant...Dans un coin de la scène, plongé dans la pénombre, encore inaccessible aux yeux du public, j'aperçois Cotton. Costume sombre, chemise bleu pétrole, casquette vissée sur la tête, je vois qu'il s'appuie sur une canne. Et, effet, quelques dix minutes plus tard, l'un des plus grands harmonicistes blues, l'inventeur du rock'n roll avec son "Rocket 88" monte difficilement sur scène sous les applaudissements d'une assistance qui semble être venue assister à un séance de tauromachie avec mise à mort en pochette-surprise. A 75 ans, Cotton me paraît bien diminué par rapport à ses fastes années où son jeu puissant, terreux et terriblement efficace était soutenu par une voix rauque et grasseyante.

En hôte attentif, Kim se porte immédiatement aux côtés de l'un de ses mentors pour assurer le chant. Après quelques reprises de ses plus grands succès, Cotton est rejoint sur scène par Hubert Sumlin, le guitariste de Howling Wolf avc lequel il avait formé un duo en... 1944!
Chemise noire et blanche, chapeau et chaussures itou, je m'aperçois que Sumlin traîne derrière lui une sorte de valise dont je comprends vite qu'il s'agit d'un oxygénateur. "Ma foi, il l'ont sorti de la naphtaline", me dis-je. Dès les premiers accords, je comprends pourquoi les musiciens affublent désormais Hubert du sobriquet de "Stumbling"  ("trébucheur", jeu de consonances avec son nom). Si je devais me livrer au même exercice, je prendrais les initiales de notre papy pour dire qu'à bientôt 79 ans, il est effectivement "HS". Mais faut bien croûter, n'est-ce pas... Mis mal à l'aise par ces airs conditionnés, je sors du club. Sur le parking, dans l'étuve de la nuit, on me tend un gros joint sur lequel je tire goulûment. Une demi-heure plus tard, je m'écroule sur mon plumard "king size", téléphone décroché, portable éteint et porte verrouillée. Dormir....

(A suivre...)


L'harmonica selon Joe Filisko (6/6)

16) Les grands interprètes:
Ecoutez, ré-écoutez les enregistrements des grands interprètes, les deux Walters, les trois Sonny, George Smith ou Junior Wells. Allez assister aux concerts des Milteau, Baker, Del Junco, Levy, Mischo, Wilson et consorts... Vous nourrirez vos oreilles de ce qui se fait mieux et augmenterez vos chances de bien "sonner". Etudiez leur musique, apprenez leurs titres. Et enfin, transcrivez-les...






17) Maintenance:
Lorsque vous avez terminé de jouer, tapez toujours votre harmonica contre votre cuisse. La salive est l'ennemi de votre instrument: il s'agit d'un suc digestif qui attaque les anches. Equipez-vous d'un kit de maintenance.




18) Enseigner:
Si vous en avez le temps et le tempérament, enseignez l'instrument à des débutants. Cela vous permettra de garder présents à l'esprit les fondamentaux de l'harmonica. Il n'est pas nécessaire d'être un "as" pour enseigner: une bonne connaissance de l'instrument suffit. Et les quelques conseils que je viens de vous donner dans cette série devraient vous être utiles.


(Copyright: Joe Filisko 2010)

L'harmonica selon Joe Filisko (5/6)

13) Mémorisation:
Si vous savez lire une partition, essayez de vous en passer en mémorisant les morceaux que vous apprenez. Pour cela, gardez vos oreilles grandes ouvertes lorsque vous répétez...


14) Erreurs et "pains":
Lorsque vous faites une erreur en répétant ou un "pain" sur scène, acceptez-les avec grâce et candeur. Les plus grands musiciens, parfois, accrochent. N'arrêtez jamais de jouer lorsque cela vous arrive. Au contraire, gardez le rythme! Il peut arriver que le "pain" se transforme en "impro". Terminer le morceau en gardant le sourire constitue un signe de respect pour le public. Apprenez à rire de vos erreurs, surtout en public. Et JAMAIS de gros mots sur scène!

 15) Répertoire:
Gardez le contrôle de votre répertoire. Vous ne pouvez assurément vous souvenir de tout mais prenez le temps de reprendre, de temps à autre, des morceaux que vous n'avez plus joués depuis longtemps. Ne refusez jamais de jouer un morceau avec un groupe, surtout si vous ne vous en souvenez plus.

(Copyright: Joe Filisko 2010)

Amanda's Roller Coaster: l'harmonica blues au sommet (1/3)

Enfin! Parti vers 05H30 en TGV de Metz pour Paris ce jeudi 30 septembre, j'arrive finalement 22 heures plus tard à Phoenix (Arizona) où doit se tenir du vendredi 1er au dimanche 3 octobre "Le Roller Coaster d'Amanda", le plusfabuleux "sommet" d'harmonica blues jamais organisé. Notamment au programme, Kim Wilson mais aussi James Cotton, Jerry Portnoy, et Paul Oscher, tous trois anciens harmonicistes de Muddy Waters. En ce début de soirée, il fait encore 33° et je décide de me rendre au "Rythm Room", le club où toutes ces légendes vivantes vont se produire...


J'y suis accueilli par Amanda Wilson, la femme de Kim qui a imaginé ce pari fou, et Bill Tarsha, le maître de cérémonie qui me raconte comment, collégien à Toledo (Ohio) dans les années 60, il a falsifié sa carte d'identité pour aller voir Little Walter à l'affiche d'un club de la ville interdit aux mineurs. Manifestement, il a retenu la leçon.
Vers 21h00, les Nighthawks, un groupe de vétérans que j'avais eu l'occasion de découvrir au lycée français de Washington lorsque j'étais en poste aux Etats-Unis dans les années 90, ouvre la soirée. A l'harmo, Mark Wenner nous donne une version reggae de "Checking On My Baby", le standard de Sonny Boy Williamson, deuxième du nom. Après un "set" d'environ 45 minutes, c'est au tour de Dennis Gruenling de monter sur scène pour un "Juke" de Little Walter joué en 3è position de manière époustouflante.
Suivent Martin Lange, monté de Chicago, Kim Field, venu de Seattle (Etat de Washington), le patron de Delta Groove Records, Randy Chortkoff, qui se lance dans une improvisation furieuse de "Kansas City, Here I Come" avec le propriétaire du "Rhythm Room",  Bob Corritore et quelques autres dont je ne retiens pas le nom. Il est près de minuit, je suis debout depuis près de trente heures et, rompu de fatigue, je rentre à l'hôtel.

Crème de la crème

Vendredi soir, 1er octobre, début officiel du "Grand Huit" ("Roller Coaster" est un morceau enregistré en 1955 par Little Walter qui grimpa jusqu'en 6e position dans les "charts")... Après un jeune joueur du nom de Vincent Bury, RJ (Robert Joseph) Mischo monte sur scène pour délivrer un "groove" à la Rice Miller. Derrière lui, la crème de la crème des musiciens de studio: à la guitare, Junior Watson et Billy Flynn, au piano "Barrelhouse Chuck", à la basse Larry Taylor et à la batterie Richard Innes. En fait, il s'agit de rien de moins que du Kim Wilson Blues Band.
Sur scène maintenant, "Jumping" Johnny Sansone a remplacé RJ. Johnny, vu il y a deux ans au festival "Vache de Blues" d'Audun-le-Tiche (Meurthe-et-Moselle), est toujours aussi souverain sur l'harmonica chromatique et son "set" est salué par des applaudissements nourris. C'est maintenant au tour du vétéran James Harman qui, pour moi, sera l'une des révélations du "Roller Coaster". Peu de musiciens ont autant de présence sur scène que le natif d'Alliston (Alabama). Sa voix me donne immédiatement la chair de poule, tout comme d'ailleurs aux quelque 200 fans qui se pressent dans le club et qui n'ont pas vu arriver Kim Wilson.

Le pré-ampli de Kim

Magnifique dans son costume chocolat au lait, Kim frappe d'emblée les oreilles de ses afficionados. "Mais comment fait-il pour avoir un tel son?", me demande Jeff Lamb, un consultant informatique de Los Angeles avec lequel j'avais eu l'occasion de sympathiser la veille. Pour le savoir, je me rapproche de la scène à l'entr'acte. Comme prévu, je vois l'Astatic JT-30 dans lequel patron des Fabulous Thunderbirds souffle d'habitude. Je remarque que le micro est branché sur un pré-ampli équipé de deux sorties. La première est reliée à une tête Masco MA-17, elle-même branchée sur un cabinet Victoria Amps équipé d'un haut-parleur de 15 pouces et sur un vieux Fender Bassman, dont l'état me donne à penser qu'il s'agit de l'ampli de scène "officiel" de Wilson. La deuxième sortie est raccrochée à ce qui ressemble à un Fender Pro "blackface". Par la suite, tous les harmonicistes qui l'ont souhaité ont été autorisés à utiliser ces équipements. Conclusion? Si Kim "sonnait" évidemment comme Wilson, les autres non!

Papy Arnold fait de la résistance

Billy Boy Arnold, qui a suivi dans l'ordre protocolaire scénique établi par Bill Tarsha, est à plus d'un titre une véritable légende vivante. Le natif de Chicago rappelle à qui veut l'entendre qu'à 13 ans, il a été initié à l'harmonica par  Sonny Boy Williamson I et qu'il a enregistré avec Bo Diddley. A 75 ans aux prunes, le papy du blues nous donne d'entrée "Kissing At Midnight" enregistré dans les années 50 sur "Vee Jay" avant de reprendre quelques titres de son dernier opus "Boogie 'n Shuffle" sur lequel on peut notamment entendre Duke Robillard. En rappel, ce sera "Blackjack", un morceau de Ray Charles et dont Billy Boy est devenu l'un des interprètes fétiche. Le lendemain dimanche, il honorera son prochain engagement à Reno (Nevada). Décidemment, lorsqu'il s'agit de la scène, Papy fait réellement de la résistance... Quant à moi, je ne résiste plus que difficilement au sommeil. Il est près de trois heures du matin et dehors, Mary attend, adorable de gentillesse et de dévouement, pour me ramener à l'hôtel avec la navette. La nuit sera brève...

Vers 08H30 en effet, la sonnerie du téléphone déchire le ronflement régulier qui,  seul, perturbait le silence de ma chambre. "James Harman ici... Viens prendre le petit déjeuner, man". Lorsque dix minutes plus tard, j'arrive tout ébouriffé dans la salle à manger de l'hôtel, James est en train de se faire tresser le bouc par une admiratrice. Dans un coin, Plunz , un Italien plus fou que moi puisqu'il a fait le déplacement avec sa femme. Je m'installe à sa table. Nous sommes rapidement rejoints par deux Suédois de Trickbag, un groupe de "swing blues" avec lequel j'ai joué à Stockholm dans les années 90, et qui viennent d'arriver à Phoenix, hagards après une trentaine d'heures de voyage... "D'autres fans +hard core+ comme moi", me dis-je en réprimant un sourire..

(A suivre...)