Les "customs" de Michalek: "le diable s'habille en Buddha"

Deux harmonicas Hohner, un Marine Bandet un Golden Melody "customisés" par feu Chris Michalek, sont passés récemment à l'encan sur eBay où ils ont atteint des prix, à mon sens, totalement astronomiques que je vous invite à deviner. Pour vous faire une opinion, voici tout d'abord les deux "bêtes" en question:


Sachez ensuite que le talent et le travail de "customiseur" de Michalek étaient unanimement reconnus à la  fois par les harmonicistes et les professionnels, dont le "primum inter pares" Joe Filisko. Michalek racontait que ses plaques et sommiers devaient être "baignés par la Lune pour sonner comme il convenait". Je peux en témoigner: je possède l'une de ces "Buddha harps" qui sont devenues de véritables objets de culte dans la communauté harmonicale, notamment aux Etats-Unis. Car chez ces gens-là, "le diable s'habille en Buddha"... Alors le prix de ces deux instruments? Je vous le laisse découvrir avec ces deux liens. Avant de cliquer, imaginez l'enchère que vous auriez accepté de payer. Vous risquez de ne pas être déçu... J'attends vos réactions. Le prix du Marine Band, c'est ici. Celui du Golden Melody, c'est là.

Vidéo de la semaine: entre "roots" et rock, l'Anglais Giles King

 
C'est une découverte! Au gré de mes pérégrinations sur le net, je suis tombé sur cet harmoniciste britannique dont le style est ébouriffant. Giles King, c'est son nom, a deux amours: le guitariste américain Lightnin' Willie avec lequel il se produit aux Etats-Unis, et le groupe britannique de blues rock "Hokie Joint", avec lequel il tourne en Angleterre et en Europe. Dans la première vidéo proposée ci-dessous, King montre où se trouvent ses racines. Dans la seconde, dont la production a dû coûter bonbon, il fait preuve d'une belle "sauvagité". Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage, et lisent l'anglais, voici une interview de notre homme réalisée l'an dernier par la Nottingham Blues Society.


Le "Sonny Boy Amp", l'ampli-valise pour harmonicistes pressés

On peut être harmoniciste et avoir un agenda de ministre qui vous ballotte entre répètes, studios, concerts et interviews. Dès lors, pas toujours facile de trimballer partout son matos et notamment son ampli. Pour ces gens-là, voici le "Sonny Boy Amp", un ampli dans un attaché-case.

Cinq watts pour 4 ohms - En soi, l'idée de cacher un ampli dans une valise n'est pas très neuve. Des guitaristes-bricoleurs l'ont réalisée dans les années 60 et, à cette époque, au moins un fabricant –Silvertone, une marque spécialisée du distributeur Sears & Roebuck-- avait à son catalogue une valise-ampli, le modèle #1448. Celle qui est proposée ici par "Blues Luggage", une firme de Denver (Colorado), a été conçue spécialisement pour les harmonicistes. Pour construire son "Sonny Boy Amp", Chris Null, l'ingénieur-maison, est parti de la valisette tweed  "Mississippi Sax" commercialisée par Fender pour notre instrument. Il y a installé un ampli à lampes d'une puissance de 5 watts pour une impédance de sortie de  4 ohms: une 6V6 pour la lampe de puissance, une 12AX7 pour la pré-amplification et une 5Y3, rien que du très classique. Le HP est un Jensen céramique de huit pouces avec un Weber Signature 8 pouces "smooth cone" en option.

Comment ça sonne ? - Une poche en tissu --visible ici sur la gauche-- a été prévue pour le transport des câbles, partitions et autre colifichets. L'ensemble ne pèse pas plus de neuf livres (environ quatre kilos), se monte avec une facilité étonnante (il suffit d'ouvrir la valisette et de brancher son micro) et coûte un bras (600,- $ US, soit au cours du jour, quelque  €425,-). Comment ça sonne, demandez-vous? Voici une vidéo du jeune prodige américain Brandon Bailey (un élève de feu Chris Michalek que l'on aperçoit passer rapidement en arrière-plan) essayant ce machin lors du dernier congrès SPAH à Minneapolis (Minnesota), l'été dernier. Le son est riche, chaleureux et beaucoup plus "large" que ce que l'on aurait pu craindre d'une petite bécane comme celle-là.


Et pour les nostalgiques, voici une petite collection de valises-amplis trouvée sur le net:

PT Gazell: le secret le mieux gardé de l'harmonica diatonique

L'Américain PT Gazell est sans doute le secret le mieux gardé de l'harmonica diatonique. Demandez aux vrais "pros" et ils vous le confirmeront: PT est l'un des meilleurs instrumentistes de jazz et de swing sur le "dix trous" et, de ce fait, l'harmoniciste le plus en demande dans  les studios de Nashville et d'ailleurs. Bon à savoir: PT joue sur des diatoniques semi-valvés, ce qui lui donne un son particulier.

Phillip Thomas "PT" Gazell (27 juillet 1953)
Sa vie, son oeuvre - Rien ne prédestinait Phillip Thomas "PT" Gazell à devenir musicien professionnel. Né le 27 juillet 1953 à Onomowoc (Wisconsin), il s'est intéressé en autodidacte à l'harmonica et, arrivé au milieu des années 70 à Lexington (Kentucky), il acquiert sous la houlette de Charlie McCoy sa maîtrise de l'instrument dans les nombreuses "sessions" de "bluegrass" ouvertes dans ce centre de la musique "country" aux Etats-Unis. En 1987, à 35 ans, il abandonne le "dix trous" qu'il juge trop limité, notamment parce qu'il n'arrive pas à trouver dessus un jeu chromatique. En 2002, alors que Howard Levy venait de révolutionner l'instrument avec sa technique des "overblows" et des "overdraws", Gazell reprend l'harmonica après avoir découvert qu'il pouvait être joué de manière chromatique s'il était valvé ou semi-valvé (voir ci-après). Remarqué par le banjoïste Bela Fleck –qui fera équipe plus tard avec Levy--, Gazell sort en 2003 "Pace Yourself", un premier opus qui l'installe comme musicien de studio à Nashville (Tennessee). Puis, en 2005, il publie "Swinging Easy... Hitting Hard", album pour lequel les critiques le comparent à Benny Goodman et Ben Webster. Et enfin en 2008, il s'associe avec le maître néo-zélandais Brendan Power pour "Back To Back", un album de reprises de classiques du jazz. Depuis, il effectue régulièrement des tournées aux Etats-Unis, en Chine et, dans une moindre mesure, en Europe.
Ecoute conseillée -  PT n'a enregistré sous son nom que trois albums: "Pace Yourself", son premier opus publié en 2003 par Miss Max Records avec une forte coloration "country" et "bluegrass"; "Back To Back", sorti en 2008 sur le label Tethnik avec le virtuose néo-zélandais Brendan Power, et "Swinging Easy...Hittin Hard", l'album de 2005 qui, publié chez Miss Max Records, a révélé le jazz swinguant de PT au public et dont voici des extraits. Tous les CDs de PT sont disponibles chez cdbaby




Le jeu diatonique semi-valvé - L'harmonica diatonique valvé est un compromis entre l'harmonica diatonique et le chromatique auquel l'on parvient grâce à la valve, une petite languette de plastique fixée sur la plaque pour empêcher une lamelle soufflée de vibrer quand on aspire et, à l'inverse, une lamelle aspirée de vibrer quand on souffle. Suzuki propose son modèle ProMaster MR 350 valvé tandis que Seydel propose des plaques "pré" semi-valvées. Ces plaques sont adaptables sur n'importe quel "dix trous" de la marque de Klingenthal. Le "semi-valvage" permet les altérations soufflées dans les six premiers trous et aspirées dans les quatre derniers, alors que c'est normalement impossible à cause de l'interaction entre lamelles soufflées et aspirées. Avec cet artifice, le joueur a accès à la gamme chromatique sans devoir avoir recours aux "overblows" et "overdraws", une technique difficile à maîtriser. Voici une vidéo où l'on entend distinctement la gamme chromatique obtenue par le semi-valvage. PT joue des Seydel 1847.


Contacts:
Agent: Miss Max Music, P.O. Box 271, 37082-0271, Kingston Springs, Tennessee (USA)

Peter "Madcat" Ruth: un virtuose et une légende vivante

Blues, jazz, folk, rock, salsa, avant-garde ou ethnique: l'Américain Peter "Madcat" Ruth est probablement l'harmoniciste qui a su, le mieux, adapter notre instrument à une grande variété de genres musicaux. Doté d'un sens rythmique peu commun, "Madcat" ("Chat fou", en anglais) donne l'impression d'être un diable sorti de sa boîte lorsqu'on le voit sur scène. Ses multiples collaborations en ont fait un instrumentiste d'un éclectisme rare. Pour ceux qui ne ne le connaissent pas, une légende vivante à découvrir de toute urgence...


Peter "Madcat" Ruth (02 avril 1949)


Sa vie, son oeuvre - Né le 02 avril 1949 à Evanston (Illinois), Peter "Madcat" Ruth commence par apprendre la guitare et le ukulélé avant de s'intéresser à l'harmonica après avoir entendu, en 1964 à la radio, Sonny Terry et Brownie McGhee. Deux ans plus tard, il rencontre à Chicago (Illinois) le déjà légendaire "Big" Walter "Shakey" Horton dont il devient l'élève assidu. Puis en 1967, il se lie d'amitié avec le bassiste et tromboniste Chris Brubeck, l'un des fils du pianiste de jazz Dave Brubeck qui l'invite à se joindre au groupe de rock qu'il est en train de former, "New Heavenly Blue". Dès lors, les choses vont se précipiter... En 1973, "Madcat" est embauché par le Darius Brubeck Ensemble, un quinquet de jazz d'avant-garde monté par Darius, l'aîné des fils Brubeck. C'est dans cet ensemble que Ruth apprend à jouer des tempi bizarres (5/4, 9/4) dans une section de cuivres composé, outre l'harmonica, d'une clarinette, d'un trombone et d'un saxophone (La vidéo postée plus bas est un parfait exemple de cette époque). En 1975, il intègre "Sky King", le groupe de Dave Brubeck avec lequel il va passer plusieurs années à jouer du jazz et du rock fusion aux Etats-Unis, au Mexique, au Canada, en Europe et en Nouvelle-Zélande. En 1985, il sort son premier album solo "Madcat Gone Solo" dont la promotion l'entraînera à faire la route dans les 50 états de son pays. En 1987, il s'oriente vers l'enseignement de notre instrument et anime des classes de maître en Europe, en Amérique du Sud et en Asie. En 1990, il forme un duo avec le guitariste Shari Kane. Trois ans plus tard, le duo publie  "Madcat & Kane, Key To The Highway", puis "Up Against The Wall" en 1993. Cet album lui vaut l'Award de joueur d'harmonica de l'année par la Society for the Preservation and Advancement of the Harmonica (SPAH). En 1998, il renoue avec Chris Brubeck et forme avec le guitariste Joel Brown "Triple Play" qui a produit depuis plusieurs albums. La même année, il rejoint le Big Joe Manfra Blues Band, un groupe de blue brésilien avec lequel il tourne régulièrement entre 1999 et 2007.

Ecoute conseillée - "Madcat  At The Ark" (2000), "Madcat Live In Rio" (2006) et "More Real Folk Blues" (2008). La discographie complète de "Madcat" est ici: http://www.madcatmusic.net/store.html


 



Concepteur du "Shaker" - "Madcat" a par
ailleurs conçu avec le fabricant "Shaker" un
micro original qui, entouré une gangue en résine, se glisse entre les doigts. En raison de sa petite taille, ce micro permet de faire facilement les effets de mains, ces dernières formant une chambre de résonance qu'il n'est pas possible d'avoir avec d'autres micros.

Vidéo de la semaine: "Georgia Brown", belle comme un tracteur

Absolument sans commentaire... Maintenant, si le prix du gasole continue à grimper, il faudra revoir le cachet du batteur...


Loufoque: la "Carmonica", une voiture qui joue de l'harmonica...

Pour faire la promotion de sa "Mini Clubman" en Nouvelle-Zélande, le fabricant automobile
Cooper vient de lancer sur le net la "Carmonica", la voiture qui joue de l'harmonica.
      



Fantasme de publicitaire - L'idée est assez décoiffante: coller 330 harmonicas sur le capot, le toit et les portes d'une "Mini Clubman" pour faire faire de la musique à la voiture lorsque celle-ci se met à rouler, et cela même à faible vitesse. Ce fantasme de publicitaire, coktail savoureux de "fun", de dérision et d’inutilité, a été réalisé par Cooper en Nouvelle-Zélande pour faire la promotion de sa "Clubman". Un site web propose parallèlement à chacun de composer sa propre mélodie à partir de vidéos pré-enregistrées en  glissant  celles-ci sur un banc de montage. Pour ma part, je n'ai réussi qu'à réaliser un "snipet" terriblement discordant mais un musicien averti devrait réussir à sortir une mélodie digne de ce nom.
Les télés s'en mêlent - Ce coup de pube particulièrement loufoque n'est évidemment pas passé inaperçu des télés d'Auckland (Nouvelle-Zélande) où le "clip" a été tourné par l'agence Draft FCB Advertising. Dans la deuxième vidéo, son concepteur, Chris Schofield, explique qu'il a cherché à piquer la curiosité des médias en leur proposant non une pube mais une "histoire". Regardez par ailleurs bien ce qui est écrit, à l'envers et en
français sur son T-shirt: "Je ris parce que je suis heureux". Beau slogan!
Alors, quels harmonicas ? - Je peux me tromper mais à 0'23" de la deuxième vidéo, je crois reconnaître un instrument tremolo, harmonica à anches doubles accordées à l'octave. Mon hypothèse semble être confirmée par le son que l'on entend sur la première vidéo. Il pourrait même s'agir d'un Hohner Echo dont je publie la photo ici.



"Pinetop" Perkins, 97 ans, nous tire sa révérence...


"Pinetop" Perkins
13/07/1913 - 21/03/2011
 Le pianiste américain Joe Willie "Pinetop" Perkins est décédé lundi d'une crise cardiaque à son domicile d'Austin (Texas). Il avait 97 ans et était, avec le guitariste B.B. King, l'un des derniers "géants" du blues encore en activité. Avant de passer de l'autre côté, le sémillant nonagénaire avait quand même une vingtaine de concerts à son agenda en 2011! Né le 13 juillet 1913 à Belzoni (Mississippi), il avait commencé sa carrière comme guitariste mais un tendon coupé lors d'une rixe l'avait fait se rabattre sur le piano. "Pinetop", sobriquet qui lui avait été donné en référence au "Boogie Woogie" qu'il avait repris d'un autre pianiste, "Pinetop" Smith, a joué avec les plus grands: Robert Nighthawk, Sonny Boy Williamson II, Earl Hooker, Muddy Waters, dans l'orchestre duquel il remplaça Otis Spann en 1969. A la fin des années 70, il s'était associé avec le bassiste Willie "Big Eyes" Smith avec lequel il a enregistré jusque dans les années 90. En 1988, il publie son premier album en nom propre, "After Hours" sur Blind Pig Records avec Jimmy Rogers et Hubert Sumlin. En 2005, Perkins avait reçu un Grammy Award pour l'ensemble de son oeuvre et, en 2008, un autre pour le meilleur album de blues traditionnel "Last Of The Great Mississippi Delta Bluesmen" avec Henry James Townsend, Robert Lockwood et David "Honeyboy" Edwards. Et cette année, à 97 ans, il avait ré-édité avec un 3è Grammy pour "Joined at the Hip", avec Willie Smith. Là-Haut, Saint-Pierre n'a plus qu'à bien se tenir!
Pour ceux qui lisent l'anglais, voici sa nécro publiée mardi par le New York Times:
Et pour tout le monde, voici un clip datant des "dix glorieuses" passées avec Muddy dans les années 70: Jerry Portnoy donne ici une version à mon sens définitive du thème de "Caledonia".


"Harmonica History": 7è épisode, non autorisé par la BBC (4/4)

Voici le 7è et dernier épisode --non autorisé-- de la "Harmonica History" et qui, pour le coup, n'a pas été diffusé en 2008 par la 4è chaîne de la BBC. Cet épisode a été réalisé par un amateur éclairé pour, explique celui-ci, "réparer les oublis" de la télévision publique britannique.


Le Thunderbird, nouveau diato de Hohner: grave, extra grave !

Hohner sort le "Thunderbird", un nouveau diatonique de la gamme des "Marine Band" qui sera proposé dans neuf tonalités graves, du "low F" au "low low F". Disponible en Allemagne en avril. 


Enfin, neuf tonalités extra graves - Avec le "Thunderbird", Hohner comble un vide: celui des accordages dans les tonalités extra graves déjà disponibles depuis plusieurs années chez son concurrent Seydel. Ce nouveau modèle, qui sera présenté par la firme de Trossingen à la prochaine foire musicale internationale de Francfort (du 06 au 09 avril, hall 3.1, stand  F60), s'inscrit dans la gamme des "Marine Band" (MB) au même titre que le MB "Deluxe" et le MB "Crossover". Construit avec le sommier en bambou laminé du "Crossover", le "Thunderbird" est accordé une octave en-dessous des modèles standard de la marque allemande. Il sera disponible en neuf tonalités: "low Fa", "low Mi", "low Mi bémol", "low Ré", "low Do", "low Si bémol", "low La", "low Sol" et "low low Fa".

A quoi ça ressemble ? - Développé avec Joe Filisko, customiseur de réputation mondiale dont il porte d'ailleurs le monogramme, le "Thunderbird" a été conçu avec un capot révolutionnaire: son ergonomie conique empêche en effet le cognement des anches aspirées --notamment dans la première octave-- en leur donnant suffisamment d'espace de résonance. Un nouveau profilage des anches donne en outre une réponse franche et constante, même dans les registres les plus graves, tandis que les dents du sommier et les débords de plaques ont été arrondis pour un meilleur confort de jeu. Enfin, ce nouvel instrument est totalement compatible avec le "Deluxe" et le "Crossover", que ce soit le sommier, les plaques ou les capots.

Comment ça sonne ? - Pour se faire son idée, voici une vidéo publicitaire récupérée chez Hohner. Steve Baker, l'un des concepteurs de ces nouveaux instruments, joue ici sur un "low Sol". Impressionnant!

L'harmonica au féminin: parce qu'elles nous valent bien... (2/3)

Suite de ma série sur les femmes harmonicistes... mortes ou vivantes!

"Big Mama" THORNTON (Etats-Unis): spoliée par Elvis et Janis -  L'Américaine Willie Mae "Big Mama" Thornton, née le 11 décembre 1926 à Montgomery (Alabama) et décédée le 25 juillet 1984 à Los Angeles (Californie), fait partie de ces "blues mamas" maudites ayant incarné l'idiome mais sans en avoir tiré le moindre bénéfice de leur vivant. Fille d'un pasteur et d'une chanteuse d'église, Thornton tourne dès l'âge de 14 ans avec la "Hot Harlem Revue". En 1948, elle s'installe à Houston (Texas) où elle enregistre pour le label Peacock. En 1953, elle grave avec l'orchestre de Johnny Otis un morceau de Jerry Leiber et Mike Stoller, "Hound Dog". La pièce reste pendant sept semaines n°1 au hit-parade "rythm'n blues" avant d'être popularisée pour un public blanc par un certain Elvis Presley. Mais "Big Mama" ne touchera que 500 dollars de droits pour ce gigantesque succès du King. Elle écrit ensuite "Ball and Chain" qui sera repris par Janis Joplin mais qui ne lui rapportera pas davantage de pépètes. Au début des années 1960, elle déménage à San Francisco (Californie), tourne en Europe avec l'American Folk Blues Festival des Allemands Lipmann et Rau, enregistre en Angleterre et se produit avec les plus grands, Buddy Guy, Muddy Waters et Lightnin’ Hopkins pour ne citer qu’eux… Thornton, qui était aussi un batteur(euse?) accompli(e), succombera à l'alcool, âgée de seulement 57 ans, sans le sou et son génie ignoré par ses contemporains. 

"Big Mama" Thornton:
on lui doit "Hound Dog" et
"Ball And Chain"



Rachelle PLAS (France): un pur produit de l'école Milteau -  La Française Rachelle Plas doit beaucoup à Jean-Jacques Milteau. Initiée vers cinq ans par sa mère à la flûte à bec et la flûte traversière, elle n'a que huit ans lorsqu'elle apprend l'harmonica en autodidacte. Milteau conseille alors à sa mère de l'inscrire au "Souffle du Blues", une école d'harmonica basée à l'Utopia Jazz Club de Paris et animée par l'harmoniciste franco-polonais Greg Zlap. Pendant six ans, Rachelle y prendra des cours sur notre instrument ainsi que des leçons de chant chez Luc Bertin. En 2005, âgée d'à peine 13 ans, elle remporte le premier prix du tremplin Blues de Vauréal et assure la première partie de Jesus Volts et de Frédéric Yonnet. Les concerts s'enchaînent pour ce p'tit bout de femme et, en 2007, elle est programmée au festival ArchéoJazz le même soir que Taj Mahal. A Auxerre (Yonne), elle accompagne devant 3.000 personnes le chanteur américain Freddie Meyer et, en 2008, elle investit, en quartet, la scène du Dam Country Normandie avant de se produire au Festival International de Liège (Belgique). Son premier concert solo, c'est en 2009 dans une église de Villegats, en Normandie. Elle joue ensuite sur le premier album du groupe Involt et se voit décerner à même pas 20 ans un prix par le journal Paris-Normandie lors d'une soirée dédiée aux 200 Normands "les plus formidables". Mais Rachelle est aussi une judoka accomplie: en novembre 2010 à Agadir (Maroc), elle devient vice-championne du monde junior (57 kg) après avoir remporté en mai de la même année le tournoi de Lyon-Villeurbanne. Elle décide pourtant de mettre un terme à sa vie sur les tatamis pour poursuivre ses études d'anglais et continuer dans sa carrière naissante d'artiste. Contact: http://www.myspace.com/rachelleplas

 
Rachelle Plas: elle est aussi
vice-championne du monde
junior de judo.



Hermine DEURLOO (Pays-Bas): du saxo à l'harmo - Avant de se mettre à l'harmo, la Néerlandaise Hermine Deurloo a étudié le saxophone alto et le jazz chez Jan Menu et Tim Armacost au conservatoire Sweelinck d'Amsterdam, sa ville natale. Lorsque, en 1994, elle reçoit en cadeau un harmonica chromatique, c'est le coup de foudre! Devenue une instrumentiste à la technique éblouissante, Deurloo est l'un des harmonicistes de studio les plus demandés en Europe. Elle travaille notamment sur des musiques de films ("Puk van de Pettenflet", "Erik of het klein Insectenboek") et des bandes-son pour la télévision ("Vreemde Kostgangers", "RTL4" et "Talpa"). Elle joue en soliste avec le Metropole Orchestra, le Royal Concertgebouw Orchestra et  l'Ensemble Schoenberg sur des musiques de Georgy Kurtag, Ennio Morricone et Rogier van Otterloo. Elle se produit également avec le "who's who" du jazz européen et américain: John Engels, Al Jarreau, Toots Thielemans, Denise Jannah, Loes Luca, Cor Bakker, Jesse van Ruller, Candy Dulfer, Han Bennink, Kenny Wollesen, Bennie Sings, Michiel Borstlap et Bert van den Brink.Entre 1999 et 2003, elle tourne avec le Willem Breuker Kollectief et se produit au Japon, aux Etats-Unis, en Chine, en Indonésie et en Europe. CDs et DVDs: en solo, "Sozinhos" (1997) et "I Say Jazz" (1998); avec le Willem Breuker Kollectief, "Honger" (1999), "Dorst" (2001), "Misery" (2002), "Jona" (2004) et "Faust" (2005); avec le guitariste-chanteur-bassiste Tony Scherr "Crazy Clock (2006) puis "Soundbite" (2007) avec le producteur d'Earforce, Reinder van Zalk; avec Jan Wessels, Peter Niewerf et Ruud Ouwehand "Live in de Tor" (2007). Contact: http://www.herminedeurloo.com/





(A SUIVRE)

L'harmonica au féminin: parce qu'elles nous valent bien... (1/3)

Les femmes et l'harmonica: elles sont de plus en plus nombreuses à s'emparer de notre instrument et à réussir une carrière. Quelques exemples...


Christelle BERTHON (France): révélée par le  net - La Française Christelle Berthon est sortie de l'anonymat en 2007 grâce à l'internet. Depuis, ses vidéos postées sur YouTube ont totalisé plus de douze millions de vues (!!!) et l'ont rendue célèbre dans le monde entier. Quant à sa chaîne TV, elle comptait début 2014 quelque 17.000 abonnés. Ce qui, selon elle, la place en "première performeuse mondiale sur Youtube". Hallucinant ! A 45 ans, cette instrumentiste, qui a appris dès quatre ans la flûte à bec et le hautbois avant de tomber « complètement amoureuse » de l'harmonica, a pourtant bien failli ne pas faire la carrière qu'elle est en train de réaliser car elle arrête pendant douze ans la musique. En 2006, elle reprend notre instrument et fait, trois ans plus tard, la connaissance de Melody Gardot. Cette rencontre, filmée sur la vidéo ci-contre, la propulse sur l'avant-scène car les rencontres vont se succéder. Berthon est invitée à plusieurs concerts par Louis Bertignac (ex-Téléphone) et se produit avec Kenny Neal, Jason Ricci, Charlie Musselwhite, Jean-Jacques Milteau, Basile Leroux, Jean Yves D'Angelo, Pierre Chérèze, Patrick Verbeke et Mauro Serri. En novembre 2009, Christelle termine deuxième (catégorie blues) aux championnats d'harmonica Hohner à Trossingen (Allemagne). Elle donne ensuite plusieurs concerts à l’Utopia Jazz Club de Paris avant de se produire aux Etats-Unis avec le guitariste texan Jimi Lee. Cette artiste, au jeu éclectique et au tempérament parfois difficile, prépare son premier CD et vit actuellement en Australie. Contact: www.myspace.com/christelleberthon

Christelle "Harp Queen" Berthon


"Little" Jenny BOHMAN (Suède): le blues en passant par Piaf -  "Quand j'avais 14-15 ans, je jouais déjà du piano classique ainsi que du +boogie woogie+. Le blues, je l’ai découvert au lycée en écoutant Jimi Hendrix", raconte la Suédoise "Little" Jenny Bohman. "Puis un jour, dans un train, j’ai rencontré un musicien qui jouait de l'harmonica. Je lui ai emprunté l'instrument mais ne le lui ai jamais rendu. Je devais avoir 20 ans", poursuit-elle. Aujourd'hui âgé de 48 ans, ce p'tit bout de femme (elle culmine à 1,53 m) est considéré comme l'un des meilleurs harmonicistes de Scandinavie, tous sexes confondus. "J'ai commencé à jouer avec le Monaco Blues Band quand j'avais 26 ans. Cela coinçait un peu avec les autres musiciens mais j'ai finalement travaillé avec eux quand le saxophoniste est parti", confie-t-elle. "Entretemps, j'ai chanté Edith Piaf mais je suis vite revenu au blues". Influencée par Muddy Waters, Little Walter, Sam Myers mais aussi Kelly Joe Phelps, "Little" Jenny a reçu les deux plus grandes récompenses de la scène blues dans son pays: le Jan Rosenqvist Award en 1998 et le Amal Blues Festival awards en 2001. Entre 1990 et 1999, elle a tourné avec notamment Eric Bibb et Dana Gillespie. Depuis 2002, elle tourne avec son groupe, les "Blue Beans", composé de Mia Kempff (basse et chant), Lotta Partapuoli (guitare) et Justina Lakin (batterie). CDs: “Hot Spicy Dish” (2006), "Little Jenny & the Blue Beans Live! Nefertiti Bluesshow” (Scana 8542). Contact: http://www.myspace.com/jennybohman

"Little" Jenny Bohman


Sandra VAZQUEZ (Argentine): une élève de Lee Oscar - Né en 1975 à Buenos Aires, l'Argentine Sandra Vazquez a pris ses premières leçons d'harmonica à seulement 10 ans avant de devenir l'élève de Lee Oscar. En 1998, elle étudie avec l'harmoniciste brésilien Flavio Guimaraes puis, en 2000 et 2001 avec les instrumentistes américains Bruce Ewan et Norton Buffalo. Elle est ensuite acceptée dans les cours de Lee Oscar avant de former, en 2002, son propre trio, "Betty Blues", avec lequel elle se produit dans de nombreux festivals dont celui de Santa-Fe, devant un public de quelque 50.000 personnes. En 2004, elle forme le "Sandra Vazquez Blues Band" (harmonica, chant, piano, basse et batterie) avec lequel elle interprète un répertoire de blues traditionnel. Depuis, elle se produit régulièrement à la télévision argentine et est considérée comme la meilleure dans son pays. Contact: www.sandravazquez.com.ar/english.htm


                                                               
                                                       Sandra Vazquez



Kat BALOUN (Etats-Unis): du Texas à l'Alexanderplatz - L'Américaine Katherine Elise Baloun, née en 1956 à El Paso (Texas) a grandi à Cincinnati (Ohio) où, guidée par sa mère pianiste classique, elle a commencé à apprendre le piano dès l'âge de cinq ans, le violon à sept et l'harmonica à 13. En 1994, à l'âge de 38 ans, elle s'installe comme musicienne professionnelle à Berlin où elle forme son premier groupe. En 2002, elle fonde un duo avec Nina T. Davis, "The Alleycats", avec lequel elle enregistre deux CDs de blues acoustique, de folk et de jazz. Puis, en 1998, elle forme "Ladies First" avant d'intégrer "Wild Women", un groupe formé de Micha Mass, un batteur qui a travaillé avec l'harmoniciste Paul Orta, Nina Davis au piano, Amy Zapf à la basse, Tina Tandler au saxophone et Veronica Vogel à la guitare. Contact: http://www.katbaloun.de/



(A suivre...)


"Digging My Potato": morceau d'harmo pour série TV culte

Associé à la photo ci-contre, sauriez-vous reconnaître le thème musical du lecteur ci-bas? Si vous avez répondu "Cowboy Bebop", vous avez des oreilles dignes de ce nom.

Série culte - "Cowboy Bebop" (カウボーイビバップ, Kaubōi Bibappu en japonais) est un film d'animation télévisé nippon culte créée en 1998. Mis en scène par Shinichiro Watanabe à partir d'un scénario original de Keiko Nobumoto, les 26 épisodes produits par Sunrise narre les aventures intergalactiques d'une bande de chasseurs de primes sillonnant l'espace à bord du "Bebop, leur improbable vaisseau spatial, en l'an de grâce 2071.


Un film non moins adulé - Si j'en crois mon Wikipédia, la série a remporté un succès phénoménal au Japon, aux Etats-Unis et en Europe, au point où Sony Pictures en a fait un film, "Knockin' on Heaven's Door", rapidement décliné en DVD. Deux mangas ont en outre été tirés de la série par l'éditeur japonais Kadokawa Shoten dans sa revue Asuka Fantasy DX. "Cowboy Bebop", a été grandement influencé par la musique américaine et notamment le jazz bebop des années 40 et 50. La plupart des scènes d'action, des batailles spatiales et des combats d'arts martiaux sont ainsi synchronisées avec cette musique. Les titres des épisodes sont tirés soit d'albums, par exemple "Sympathy For The Devil" des Rolling Stones ou "My Funny Valentine" de Chet Baker, ou font référence à un style de musique, "Jupiter Jazz" ou "Mushroom Samba".

Le lover bleu mène l'enquête - Ce qui nous ramène à la pièce d'harmonica que vous venez d'écouter plus haut... Sur l'un des forums de discussion distingués où je me promène régulièrement, à savoir http://coursdharmonica.xooit.fr/ de l'ami Paul Lassey, des internautes se sont interrogés sur l'origine de la pièce. Je suis ravi de leur fournir, ainsi qu'à mes autres lecteurs, des éléments de réponse. La pièce, intitulée "Digging My Potato", figure sur un album "Cowboy Bebop" enregistré en mai 1998 par "The Seatbelts", un groupe formé par la compositrice et productrice de jazz japonaise Yoko Kanno. Si je me fie aux crédits figurant sur cet album sorti sous l'étiquette Victor Entertainment, elle est interprétée par l'harmoniciste Ryuichiro Senoo. Le disque regroupe les thèmes musicaux des premiers épisodes de la série et a reçu plusieurs récompenses internationales pour la bande-son originale d'un dessin animé. Voici les Seatbelts interprétant "Tank", le morceau d'ouverture du disque et aussi de la série. Attention, ça dépote! Prêtez une attention particulière au solo de saxophone de Masato Honda.

 

Si vous voulez apprendre "Digging My Potato" - Sur le site de Paul Lassey, j'ai trouvé cette intéressante vidéo sur la tablature du morceau. Par la suite, j'ai découvert deux autres vidéos didactiques d'Adam Gussow que la pièce n'a apparemment pas laissé insensible. Je vous les livre ici toutes les trois en vrac:

Il y a trente ans disparaissait "Big" Walter "Shakey" Horton

Calme, timide, introverti: ces adjectifs qualifient d'habitude la personnalité de Walter Horton qui, paradoxalement, fut l'un des plus grands architectes de l'harmonica blues, à l'égal de Little Walter Jacobs ou des deux Sonny Boy Williamson. Le bassiste Willie Dixon, qui fut son ami de trente ans, a dit de lui qu'il était "le plus grand harmoniciste à jamais avoir vécu sur Terre". Souvent cantonné dans des rôles de "sideman", c'est probablement lui qui, le premier, eut l'idée de jouer de notre instrument au travers d'un amplificateur de guitare. Son timbre, riche, puissant et profond, n'a jamais été égalé, même trente ans après sa disparition d'une crise cardiaque.


"Big" Walter "Shakey" Horton
(6 avril 1917 - 8 décembre 1981)

Ses enregistrements: entre 1931 et 1980, Walter Horton a enregistré pour les labels Modern, Sun, United, Cobra, Chess, Testament, Delta, Magnolia, Alligator et Blind Pig.

Ses complices:  Little Buddy Doyle, Sunnyland Slim, Otis Spann, Eddie Taylor, Johnny Littlejohn, Hound Dog Taylor, Wild Child Butler, Willie Dixon, Johnny Shines, Johnny Young, Muddy Waters, Jimmy Rogers, J.B. Lenoir, Robert Nighthawk, Homesick James, Delsey McKay, John Nicholas et Jimmy DeBerry

Ses morceaux de référence: “Easy", aujourd'hui considérée comme une pièce incontournable, a été repris de Ivory Joe Hunter ("I almost lost my mind"); “Walter’s Boogie”, autre classique de Horton, est aussi une reprise du "Boogie Woogie" de Tommy Dorsey, lui-même emprunté à Pinetop Smith (“Pinetop’s Boogie Woogie“, 1928); son  solo de "Walkin’ By Myself“ avec Jimmy Rogers; "La Cucaracha", autre reprise que l'on peut entendre ici:



Sa vie, son oeuvre: né le 6 avril 1917 à Horn Lake (Mississippi), Walter Horton apprend à jouer de l'harmonica en autodidacte dès l'âge de cinq ans avant de prendre des leçons avec Will Shade et Hammie Nixon. Dans les années 20, il joue avec le Memphis Jug Band tout en fréquentant assidûment le circuit des « juke joints ». En 1939, il enregistre ses premières galettes avec le guitariste Little Buddy Doyle sur les labels Okeh et Vocalion. Puis, dans les années 40, il quitte le milieu musical en raison d'une santé fragile avant d'y revenir en 1950 en enregistrant à Memphis (Tennessee) pour Sun. En 1952-1953, il s'installe définitivement à Chicago où Rice Miller, alias Sonny Boy Williamson II aurait pris nombre de leçons auprès de lui. Il y cotoie Little Walter Jacobs et devient le « sideman » pour son ami Eddie Taylor puis remplace durant un an Junior Wells dans le groupe de Muddy Waters. Il joue ensuite souvent avec Johnny Shines, Jimmy Rogers et Oris Rush. C'est à cette période qu'il gagne le sobriquet de « Shakey » (« Secoueur ») en raison de la manière dont il bouge la tête lorsqu'il joue ses trilles sur l'instrument. Les années 70 le voient jouer avec bon nombre de membres éminents de la communauté blues parmi lesquels Tampa Red, Big Mama Thornton, Robert Nighthawk et Howlin' Wolf. Il enregistre aussi sous son propre nom pour les labels Chess et Cobra. Il devient un habitué des festivals du « blues revival » avec les « Blues All Stars » de Willie Dixon. Il collabore avec des géants du « blues rock » comme Fleetwood Mac et Johnny Winter. Décédé le 8 décembre 1981 à Chicago d'une crise cardiaque, il est inhumé à Alsip (Illinois). Il est accepté au Panthéon du blues en 1982.













Ecoute conseillée: “Blues Harmonica Giant” (JSP), un ensemble de trois CD d'enregistrements précoces du maître; “Chicago/The Blues/Today”, volume 3 (Vanguard) avec Johnny Shines et Johnny Young; ”An Offer You Can’t Refuse” (Blueskvarter, volumes 1 et 3) avec Robert Nighthawk; “With Carey Bell” (Alligator); "Fine Cuts” (Blind Pig); “Can’t Keep Lovin’ You” (Blind Pig)

Visionnage conseillé: nombreuses vidéos sur YouTube, dont celle-ci enregistrée en 1970 à Copenhague (Danemark) dans le cadre de l'American Folk Blues Festival:



(Copyright 2011: Dennis Gruenling - Adaptation: Robert Koch)


Voici, par ailleurs, la discographie exhaustive de Walter Horton compilée par Joe Filisko:

"Harmonica History", l'émission culte de la BBC Four (3/4)

Voici, pour ne rien manquer des soirées de printemps à venir, les numéros cinq et six d'une "Harmonica History" diffusée en 2008 par la quatrième chaîne de la BBC. Comme les quatre premiers numéros de la série,  publiés sur ce blog respectivement les 11 février et 6 mars,  la bande-son est en anglais "only".
 
 
 

L'Airwave de Suzuki: un (véritable) instrument pour les petits

Suzuki sort l'Airwave AW-1, un harmonica diatonique destiné aux petits qui n'a rien d'un jouet mais qui, au contraire, est un véritable primo-instrument pour débutants


L'instrument que vient de sortir Suzuki à l'intention des petits est, à bien des égards, remarquable. D'abord par son ergonomie:  fabriqué en résine, cet harmonica diatonique ne présente aucune aspérité ou partie en métal qui pourrait écorcher les enfants de cinq-six ans auxquels il est destiné. Tout en rondeurs, il est plat comme une limande pour permettre une bonne prise en bouche. Les trous, ronds, sont un peu plus espacés que sur les diatoniques classiques de manière à faciliter le jeu en cul-de-poule. Les plaques et les anches sont en laiton tandis que les deux capots sont "clipsables", comme le sont ceux du B-Radical fabriqué aux Etats-Unis par Bradley Harrison. L'Airwave est vendu avec un petit livret illustré et en couleurs réalisé par l'harmoniciste Ronny Shellist et peut, de ce fait, être utilisé avec sa traduction française comme un outil pédagogique dans une salle de classe. Vendu entre €10,- et €13,-, l'Airwave est seulement disponible en Do mais en trois coloris (bleu, rouge et orange). Ce nouvel harmonica s'inscrit dans la stratégie de Suzuki qui attaque le marché à la fois par le haut de gamme, avec notamment son modèle Manji, et maintenant l'entrée de gamme avec l'Airwave. Voici une vidéo où Ronni Shellist présente (en anglais) ce nouvel instrument. C'est un peu longuet et reloud mais donne une bonne idée de sa sonorité.

"Harmonica History", l'émission culte de la BBC Four (2/4)

Voici, pour les longues soirées d'hiver, les numéros trois et quatre d'une "Harmonica History" diffusée en 2008 par la quatrième chaîne de la BBC. Comme les deux premiers numéros de la série,  publiés sur ce blog le 11 février,  la bande-son est en anglais "only".


Il a cent ans naissait Saunders Terrell, dit "Sonny Terry"

Sonny Terry est sans doute, avec Little Walter, l'un des harmonicistes de blues les plus connus et les plus influents au monde. Son style, fait de "whoops" et de "whaaps", et à la ryhtmique complexe, a été imité par des centaines d'instrumentistes sur tous les continents. Dans les années 60 et 70, son duo avec le guitariste Brownie McGhee a contribué à faire connaître et aimer le blues acoustique en France et en Europe. Jusqu'à leur séparation en 1975, Terry a développé un style qui constitue toujours l'une des pierres angulaires de l'harmonica blues traditionnel.


Saunders Terrell, dit "Sonny Terry"
(24 octobre 1911 - 11 mars 1986)


Ses enregistrements: les premiers enregistrements de Sonny Terry datent des années 30, les plus récents du milieu des années 80 sur notamment les labels Folkways, Savoy, Fantasy, Gotham, Capitol, Storyville et Original Blues Classics.


Ses complices: Blind Boy Fuller, Brownie McGhee, Woody Guthrie, Leadbelly, Pete Seeger, Champion Jack Dupree, Cousin Leroy, Ry Cooder et  John Mayall.


Ses morceaux de référence: “Drinking In The Blues”, “Lost John”, “Fox Chase”, “Hootin’ The Blues”. Voici ce dernier titre enregistré "live" à Los Angeles (Californie) en 1971.



Sa vie, son oeuvre: né à Greensboro (Caroline du Nord) le 24 octobre 1911, Sonny Terry, devenu aveugle à la suite d'accidents de jeunesse, joue dans la rue à Raleigh (Caroline du Nord) lorsqu'il rencontre Blind Boy Fuller qui le convainc de s'installer à Durham (Caroline du Nord). Ayant acquis une certaine notoriété, le duo qu'il forme avec le guitariste est invité en 1934 à New York pour enregistrer sur le label Vocation. L'année suivante, Terry se produit dans le cadre de la comédie musicale « Spirituals To Swing » de John Hammond. Il rencontre alors un autre guitariste Brownie McGhee avec lequel il forme, à la mort de Fuller en 1941, un duo qui durera 36 ans et deviendra célèbre dans le monde entier. En 1950, après avoir participé à la comédie musicale « Un chat sur un toit brûlant », Terry et McGhee commencent à tourner dans les sociétés de folk, d'abord aux Etats-Unis puis en Europe où ils profitent du « blues revival » du début des années 60. Alors qu'il est l'invité de tous les grands festivals, Terry trouve le temps de collaborer avec Harry Belafonte et de faire des publicités télévisées pour Alka-Seltzer. En tournées incessantes en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande, il écrit néanmoins une méthode d'harmonica « The Harp Styles Of Sonny Terry » qui est publiée en 1975. C'est à cette période que les relations entre lui et McGhee se tendent et le duo est dissout. Au début des années 80, il enregistre sous la direction du guitariste Johnny Winter et du bassiste Willie Dixon. L'album est publié par le label Alligator en 1984. Terry meurt le 12 mars 1986. La même année, il est admis au panthéon de la Blues Foundation à Memphis (Tennessee).
Ecoute conseillée: “Country Blues Troubadours” sur  JSP: joli recueil de ses premiers enregistrements; “Whoopin’ The Blues” sur Capitol: enregistrements datant des années 40 et 50;  “Harmonica Rhumba” sur Gotham: une rareté recherchée par les collectionneurs.

Visionnage conseillé: outre plusieurs DVD de la série "American Folk Blues Festival" des Allemands Lipmann et Rau, Sonny Terry fait des apparitions dans deux long-métrages: "The Jerk" ("Un vrai schnock") réalisé par Carl Reiner et sorti en 1979, et "The Color Purple" ("La couleur pourpre") de Steven Spielberg et sur les écran en 1985.

Pour travailler ses "plans": répertoriés dans un bouquin de Tom Ball, "Sonny Terry's Licks For Blues Harmonica",  ils sont consultables gratuitement ici: http://www.scribd.com/doc/9656686/Sonny-Terry-Licks-for-Blues-Harmonica-by-Tom-Ball


La vérité sur sur sa cécité: contrairement à une légende tenace, Sonny Terry n'est pas né aveugle, il l'est devenu à la suite de deux accidents distincts survenus, le premier, alors qu'il avait 11 ans et, le second, alors qu'il était âgé de 16 ans. De sorte que lorsqu'il devait signer un autographe, comme celui que j'ai obtenu de lui en 1969 à Bâle (Suisse) et que l'on peut voir ci-contre,Terry utilisait un petit tampon encreur. En 1988, les Etats-Unis ont rendu un hommage mérité à cet immense harmoniciste en publiant un timbre à son effigie. Mick Jagger, Eric Clapton, Bob Dylan et Jerry Garcia ont reconnu avoir été influencés par cet instrumentiste hors-pair.
(Copyright: Dennis Gruenling 2011 - Adaptation: Robert Koch)



Le dernier Vincent Bucher: "Mali Denhou", le blues du Mali...

Vincent Bucher sort "Mali Denhou", un manifique nouvel album avec le grand artiste malien Boubacar Traoré avec lequel il avait collaboré en 2005 pour "Kongo Magni".

Un amoureux de l'Afrique, le vrai berceau du blues - Vincent Bucher est de retour avec un nouveau CD étonnant de retenue et de sensibilité ici en écoute "streaming" gratuite sur Deezer:
http://www.deezer.com/partners/inrocks/?aid=897605
Cette nouvelle collaboration avec Boubacar Traoré, après "Kongo Magni" sorti en 2005, enracine encore davantage Bucher dans une musique "roots" africaine qu'il n'a eu de cesse de célébrer depuis que dans les années 80, il s'était associé au grand guitariste malgache Solo Razaf au sein de Zouma, groupe qui combinait les influences conjuguées du rythm'n blues et des musiques tropicales. Avant de partir aux Antilles avec le groupe de reggae Krucial Age, il a enregistré avec Janet N'Dyaye, Tom Diakité et Henri  Dikongué. Sans oublier "Love Call" enregistré avec Tao Ravao, une fusion «blues malgache» qui amènera le duo à tourner non seulement en France mais aussi au Canada, à Austin (Texas) et dans plus de 15 pays d’Afrique australe et orientale. Trois autres albums suivront: «Tany Manga», «Hé là bas» et «Soa». Dans ce registre, il fait en 1996 la rencontre du chanteur et guitariste malien Lobi Traoré qui l'emmène au Mali et au Burkina Faso pour enregistrer "Duga".


Découvert par "Sugar Blue" - Début 98, il part avec Tao Ravao et Lobi Traoré pour un long périple musical en Afrique de l’Est qui lui permettra de cotoyer de grands artistes originaire du Kenya, d’Ethiopie et du Zimbabwe. Parallèlement à toutes ces aventures, cet harmoniciste d'exception, qui n'a pas la reconnaissance qu'il devrait avoir, n'a jamais cessé de se produire en clubs et dans des festivals blues en tant que leader, chanteur ou instrumentiste, insufflant son énergie et son expérience à un répertoire intense. Qui sait, en effet, que Bucher a été découvert dans le metro de Paris par un autre harmoniciste, l'Américain Sugar Blue, qui lui a donné son premier amplificateur. Boubacar Traoré et Vincent Bucher s'inscrivent ici dans la tradition du blues malien révélé au grand public il y a une dizaine d'années par Ry Cooder, qui propulsa Ali Farka Touré (disparu en 2006) sur les scènes internationales, et Martin Scorcese, avec son film "Du Mali au Mississippi".

Deux albums dépouillés à l'extrême - Révélation des années 90, le blues malien sait aussi se faire tonitruant avec Abdoulaye Traoré et Mohamed Diaby qui forment "Debademba" (Chapa Blues/Naïve) et leur magistral premier album qui puise dans l'afro-rock, le blues et le folk. Avec ses échos arabo-andalous et ses évocations du Wassoulou, leur musique se nourrit à l’évidence à de nombreuses sources d’influences, comme sur" Ma", hommage à la mère d’Abdoulaye, et "Takama", célébration de l’art de la rencontre, "la base de l’esprit Debademba". "On fait avant tout du groove africain", résume Mohamed qui, sur "Kiefali", rend hommage aux Africains déportés et salue la mémoire de Thomas Sankara, son président qui fut exécuté en 1987.
Sur "Sahel Folk" (Trill Jockey/Differ-Ant), Sidi Touré, chanteur et guitariste du Nord du Mali, invite plusieurs guitares traditionnelles et classiques avec lesquelles il dialogue. Comme pour mieux démontrer que, plus que toute autres musique, le blues, surtout lorsqu'il est malien, est un genre musical chevillé au corps de ses origines géographiques. Comme s'il n'était jamais parti des rives du fleuve Niger pour aller s'échouer sur celles du Mississippi.