Amanda's Roller Coaster: l'harmonica blues au sommet (1/3)

Enfin! Parti vers 05H30 en TGV de Metz pour Paris ce jeudi 30 septembre, j'arrive finalement 22 heures plus tard à Phoenix (Arizona) où doit se tenir du vendredi 1er au dimanche 3 octobre "Le Roller Coaster d'Amanda", le plusfabuleux "sommet" d'harmonica blues jamais organisé. Notamment au programme, Kim Wilson mais aussi James Cotton, Jerry Portnoy, et Paul Oscher, tous trois anciens harmonicistes de Muddy Waters. En ce début de soirée, il fait encore 33° et je décide de me rendre au "Rythm Room", le club où toutes ces légendes vivantes vont se produire...


J'y suis accueilli par Amanda Wilson, la femme de Kim qui a imaginé ce pari fou, et Bill Tarsha, le maître de cérémonie qui me raconte comment, collégien à Toledo (Ohio) dans les années 60, il a falsifié sa carte d'identité pour aller voir Little Walter à l'affiche d'un club de la ville interdit aux mineurs. Manifestement, il a retenu la leçon.
Vers 21h00, les Nighthawks, un groupe de vétérans que j'avais eu l'occasion de découvrir au lycée français de Washington lorsque j'étais en poste aux Etats-Unis dans les années 90, ouvre la soirée. A l'harmo, Mark Wenner nous donne une version reggae de "Checking On My Baby", le standard de Sonny Boy Williamson, deuxième du nom. Après un "set" d'environ 45 minutes, c'est au tour de Dennis Gruenling de monter sur scène pour un "Juke" de Little Walter joué en 3è position de manière époustouflante.
Suivent Martin Lange, monté de Chicago, Kim Field, venu de Seattle (Etat de Washington), le patron de Delta Groove Records, Randy Chortkoff, qui se lance dans une improvisation furieuse de "Kansas City, Here I Come" avec le propriétaire du "Rhythm Room",  Bob Corritore et quelques autres dont je ne retiens pas le nom. Il est près de minuit, je suis debout depuis près de trente heures et, rompu de fatigue, je rentre à l'hôtel.

Crème de la crème

Vendredi soir, 1er octobre, début officiel du "Grand Huit" ("Roller Coaster" est un morceau enregistré en 1955 par Little Walter qui grimpa jusqu'en 6e position dans les "charts")... Après un jeune joueur du nom de Vincent Bury, RJ (Robert Joseph) Mischo monte sur scène pour délivrer un "groove" à la Rice Miller. Derrière lui, la crème de la crème des musiciens de studio: à la guitare, Junior Watson et Billy Flynn, au piano "Barrelhouse Chuck", à la basse Larry Taylor et à la batterie Richard Innes. En fait, il s'agit de rien de moins que du Kim Wilson Blues Band.
Sur scène maintenant, "Jumping" Johnny Sansone a remplacé RJ. Johnny, vu il y a deux ans au festival "Vache de Blues" d'Audun-le-Tiche (Meurthe-et-Moselle), est toujours aussi souverain sur l'harmonica chromatique et son "set" est salué par des applaudissements nourris. C'est maintenant au tour du vétéran James Harman qui, pour moi, sera l'une des révélations du "Roller Coaster". Peu de musiciens ont autant de présence sur scène que le natif d'Alliston (Alabama). Sa voix me donne immédiatement la chair de poule, tout comme d'ailleurs aux quelque 200 fans qui se pressent dans le club et qui n'ont pas vu arriver Kim Wilson.

Le pré-ampli de Kim

Magnifique dans son costume chocolat au lait, Kim frappe d'emblée les oreilles de ses afficionados. "Mais comment fait-il pour avoir un tel son?", me demande Jeff Lamb, un consultant informatique de Los Angeles avec lequel j'avais eu l'occasion de sympathiser la veille. Pour le savoir, je me rapproche de la scène à l'entr'acte. Comme prévu, je vois l'Astatic JT-30 dans lequel patron des Fabulous Thunderbirds souffle d'habitude. Je remarque que le micro est branché sur un pré-ampli équipé de deux sorties. La première est reliée à une tête Masco MA-17, elle-même branchée sur un cabinet Victoria Amps équipé d'un haut-parleur de 15 pouces et sur un vieux Fender Bassman, dont l'état me donne à penser qu'il s'agit de l'ampli de scène "officiel" de Wilson. La deuxième sortie est raccrochée à ce qui ressemble à un Fender Pro "blackface". Par la suite, tous les harmonicistes qui l'ont souhaité ont été autorisés à utiliser ces équipements. Conclusion? Si Kim "sonnait" évidemment comme Wilson, les autres non!

Papy Arnold fait de la résistance

Billy Boy Arnold, qui a suivi dans l'ordre protocolaire scénique établi par Bill Tarsha, est à plus d'un titre une véritable légende vivante. Le natif de Chicago rappelle à qui veut l'entendre qu'à 13 ans, il a été initié à l'harmonica par  Sonny Boy Williamson I et qu'il a enregistré avec Bo Diddley. A 75 ans aux prunes, le papy du blues nous donne d'entrée "Kissing At Midnight" enregistré dans les années 50 sur "Vee Jay" avant de reprendre quelques titres de son dernier opus "Boogie 'n Shuffle" sur lequel on peut notamment entendre Duke Robillard. En rappel, ce sera "Blackjack", un morceau de Ray Charles et dont Billy Boy est devenu l'un des interprètes fétiche. Le lendemain dimanche, il honorera son prochain engagement à Reno (Nevada). Décidemment, lorsqu'il s'agit de la scène, Papy fait réellement de la résistance... Quant à moi, je ne résiste plus que difficilement au sommeil. Il est près de trois heures du matin et dehors, Mary attend, adorable de gentillesse et de dévouement, pour me ramener à l'hôtel avec la navette. La nuit sera brève...

Vers 08H30 en effet, la sonnerie du téléphone déchire le ronflement régulier qui,  seul, perturbait le silence de ma chambre. "James Harman ici... Viens prendre le petit déjeuner, man". Lorsque dix minutes plus tard, j'arrive tout ébouriffé dans la salle à manger de l'hôtel, James est en train de se faire tresser le bouc par une admiratrice. Dans un coin, Plunz , un Italien plus fou que moi puisqu'il a fait le déplacement avec sa femme. Je m'installe à sa table. Nous sommes rapidement rejoints par deux Suédois de Trickbag, un groupe de "swing blues" avec lequel j'ai joué à Stockholm dans les années 90, et qui viennent d'arriver à Phoenix, hagards après une trentaine d'heures de voyage... "D'autres fans +hard core+ comme moi", me dis-je en réprimant un sourire..

(A suivre...)

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