Quel ampli pour (espérer) sonner comme Little Walter ? (1/2)

Avec quel ampli Little Walter a-t-il sculpté son « son », reconnaissable entre tous? La question est posée depuis plus d'un demi-siècle alors qu'il n'existe que de très rares photos de Marion Jacobs avec son équipement. Eléments de réponse...

Bécanes saturées à donfe - En l'absence de photos du matériel d'amplification utilisé par Little Walter dans les années 50, il est généralement accepté que son "son" peut être attribué à deux facteurs (exclusion faite de son immense talent de musicien): un micro de bas de gamme à très forte distorsion et un ampli à lampes poussé à la limite de l'effet Larsen. Mais pas seulement! Une écoute chronologique de l'oeuvre phonographique du maître révèle qu'il a progressivement évolué du "son" quasi-acoustique de "Juke", son grand'oeuvre, que je vous ai déjà présenté, à celui saturé de "Off The Wall", en passant par toutes les nuances intermédiaires:

"Juke" (version alternative)


"Off The Wall"


En fait, Jacobs a enregistré davantage avec un « son » modérement amplifié qu'avec des bécanes saturées à donfe. Ce qui donne à penser qu'il a utilisé un très large éventail de matériels d'amplification, micros et amplis, pour parvenir à un résultat acceptable par lui.... Dans leur passionnante biographie «Blues with a Feeling: The Little Walter Story»,  Tony Glover, Scott Dirks et Ward Gaines notent que Jacobs avait lui-même du mal à se rappeler voire à décrire l'ampli il avait utilisé pour enregistrer tel ou tel morceau.

Sono portative - Leur travail de détective effectué des années durant auprès de musiciens ayant côtoyé Little Walter --Jimmy Rogers, Dave Myers, Louis Myers et Jimmie Lee Robinson, entre autres-- a toutefois permis d'établir que, très vraisemblablement, Jacobs a fréquement utilisé une sono portative composée d'une tête d'amplification et d'un ou deux haut-parleurs. Pour deux raisons: une telle sono, qui se "repliait" facilement, n'était guère plus encombrante qu'une grosse valise et donc pratique pour emmener en tournées, et elle permettait de brancher simultanément les micros chant et instrument nécessaires sur scène. Sur cette photo prise en 1959 dans un club du South side à Chicago (Illinois) par Jacques DeMetre, du magazine spécialisé français "Soul Bag", Jacobs, assis à gauche, joue à travers l'une de ces têtes (ici entourée en rouge). Si l'on zoome dessus, on découvre qu'il s'agit d'une tête Masco, acronyme de la marque de la Mark Alan Simpson Company, un manufacturier de matériels d'amplification de Long Island (Etat de New York) très actif dans es années 40 et 50 et toujours en activité aujourd'hui même s'il s'occupe davantage de robinetterie que de têtes d'ampli. Voici un exemple de sono portative que Little Walter a pu utiliser. Il s'agit d'un Masco modèle 808 qui, datant des années 1950-52, est équipé d'un HP Jensen de dix pouces, de deux lampes de puissance 6L6, d'un rectifieur 5Y3 et d'une lampe de pré-amplification loctale:

Quelques exemples -- Le guitariste Dave Myers, qui a joué dans l'orchestre de Jacobs de 1952 à 1955, a dit à plusieurs reprises que le boss jouait dans un ampli "Macon", une probable confusion avec les Mascos de l'époque. De nombreux fabricants proposaient alors des amplis-valise du type de ceux montrés ici: Stromberg-Carlson, Knight, Bell, Bogan et d'autres encore. Voici quelques autres exemplaires de sono Masco avec deux HP. De gauche à droite, les modèles MA-17N, Audiosphère 27, MA-8N et MA-25-N.

Le ME-180P -- L'expérience avec ces machines aidant, un modèle a rapidement eu  les faveurs des pros et probablement de Little Walter. Il s'agit du Masco ME-18P, modèle équipé d'une platine installée sur la tête d'ampli. Pourquoi ? Essentiellement parce que sa combinaison de lampes (deux 6L6, une 5Y3, une 6SJ7 et une 6SC7) est aujourd'hui jugée optimale pour les fréquences "utiles" de l'harmonica par des spécialistes comme Gary Onofrio qui s'est en largement inspiré pour concevoir sa ligne des Sonny Jr. Deux entrées ("low" et "high", non d'origine), deux impédances de sortie pour les HP (8 et 16 ohms, non d'origine), un (ou deux) HP de 15 pouces et 40 watts efficaces, le tout transportable comme une valise: voici la bête!

Alors, comment ça sonne? - Jugez-en avec une vidéo de l'une des premières versions du ME-18P, probablement celle au travers de laquelle joue Little Walter sur la photo postée plus haut. A gauche, un exemple de ME-18P plus récent et "customisé" par un amateur éclairé. C'est d'ailleurs ce modèle qui a été retenu par les ingénieurs de la firme américaine MegaTone Amps pour concevoir le Wezo ME-18, un clone de cette petite merveille que je vous avais présenté ici.
(A suivre...)

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