DeFord Bailey: la première "star" noire de la musique "country"

C'est l'histoire d'une légende oubliée, puis retrouvée. DeFord Bailey fut le premier harmoniciste noir à atteindre le statut de "star" en se produisant entre 1927 et 1941 au "Grand Ole Opry", une émission de radio "country" qui est toujours à l'antenne chaque samedi soir, 86 ans après sa première diffusion en 1925 depuis Nashville (Tennessee). Cette exceptionnelle longévité dans le temple de la musique "blanche" des Etats-Unis fut brisée par une dispute légale sur ses droits d'auteur de sorte que Bailey termina sa vie comme cireur de chaussures...

DeFord Bailey (14 décembre 1899 - 2 juillet 1982)
Ses enregistrements - En 1927 et 1928, DeFord Bailey a publié sur les labels Brunswick, Vocalion, Victor-RCA et Bluebird. En 1970, il a effectué un certain nombre d'enregistrements "privés" pour Revenant, publiés au début des années 90.
Ses titres de référence - "Fox Chase”, “Old Hen Cackle”, “Ice Water Blues”, “Davidson County Blues"
Sa vie, son oeuvre - Petit-fils d'esclave né en 1899 à Bellwood, dans le Tennessee profond, Bailey commence à jouer de l'harmonica dès l'âge de trois ans, alors qu'il vient de contracter la poliomyélite et que les médecins lui imposent de garder la chambre. Il apprend parallèlement à jouer de la guitare, du banjo, de la mandoline et du violon. En 1918, il s'établit à Nashville (Tennessee) où il commence à se produire. Son premier enregistrement radiophonique date du 19 juin 1926 sur la station WSM de la ville. En 1927, il interprète pour la première fois la pièce qui le rendra célèbre, « Pan American Blues » au « Grand Ole Opry », une émission de musique « country » diffusée chaque samedi soir depuis Nashville à l'initiative de George D. Hay. La même année et la suivante, Bailey enregistre plusieurs disque de solos d'harmonica: l'artiste est alors à l'apogée de sa carrière et tourne avec les plus grands artistes « country » de l'époque, Dave Macon, Bill Monroe et Roy Acuff. Ce qui ne l'empêche pas d'être discriminé en vertu des lois raciales de l'époque. Plus que son immense talent, son comportement discret et son apparence irréprochable --il était toujours tiré à quatre épingles-- le font pourtant accepter parmi les grands interprètes –blancs-- du genre. Son influence sur notre instrument est alors prépondérante et nombre de joueurs tentent d'imiter son style. En 1941, un différend légal l'oppose à la BMI-ASCAP, la Sacem américaine, sur les droits d'auteur et il ne peut plus se produire à la radio. Cette dispute –Bailey conteste la misère qui lui a été payée pour ses enregistrements-- mit fin à sa carrière: il ne monte plus sur scène et se met à cirer des chaussures et à louer des appartements dans sa bonne ville de Bellwood pour survivre. En 1974, il accepte pourtant de refaire une unique émission de l' »Ole Opry », devenu entretemps une émission télévisée brassant des millions de dollars, avant de disparaître sans le sou et dans l'indifférence générale en 1982. En 2005, à la suite d'une rétrospective de sa carrière réalisée par PBS, la radio publique américaine, Bailey est accepté au Country Music Hall of Fame de Nashville, le panthéon des « stars » de la musique « country ».
Ecoute conseillée:
- “Harp Blowers 1925-1936″ sur Document (l'ensemble de ses premiers enregistrements)
- “The Legendary DeFord Bailey-Country Music’s First Black Star” sur Revenant (enregistrements privés effectués dans les années 70).
- “Harmonica Rarities” sur Westone (double CD)
Pour en savoir plus:
http://defordbailey.info/
http://www.pbs.org/deford/
http://wn.com/DeFord_Bailey/
http://www.npr.org/programs/lnfsound/stories/001124.bailey.html
"DeFord Bailey: a black star in early country music", David C. Morton et Charles K. Wolfe, University of Tennessee Press, Knoxville 1991
                          
(Copyright: Dennis Gruenling 2011 - Adaptation: Robert Koch)


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